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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures. Vous pouvez me suivre sur mon compte twitter ou sur mon compte gmail : Marine Reigner

19 Mar

"Black Cocaïne" Laurent Guillaume

Publié par Les Polars de Marine

Faten Tebessi est avocate au bureau de Paris.

Sa sœur Bahia vient d’être arrêtée au Mali en possession d’une quantité très importante de cocaïne.

Elle fait appel à Solo, détective privé à Bamako et lui demande d’acheter la clémence du juge. Une affaire qui parait bien simple de prime abord dans un pays où la corruption est monnaie courante.

 

Mais quand Bahia est retrouvée morte,

- Je veux que vous traquiez ceux qui ont fait cela à ma sœur et que vous les tuiez. Tous.
Ses doigts s’étaient crispés et formaient comme des serres sur la nappe poussiéreuse. Je ne bronchai pas, encaissant le coup en silence. Sur la rive en face, des gamins se savonnaient en piaillant joyeusement.
- Je ne fais pas ça.
- Vous l’avez déjà fait. Faites-le encore, dit-elle en contenant à grand-peine une rage fielleuse.
- Non.
- Je vous paierai. Je vous donnerai beaucoup d’argent.
Je me levai et jetai un billet de deux mille sur la table.
- Il ne s’agit pas de cela. Je ne suis pas un tueur.
Je tournai les talons tandis que derrière moi retentissait une voix hystérique.
- Si, vous l’êtes ! Vous avez ça dans le sang !

Accablée par la douleur, Faten demande vengeance. Mais Solo refuse catégoriquement, jusqu’au jour où un drame qui le touchera de très près changera la donne et attisera sa haine envers ceux qui ont commis un acte irréparable.

 

 

Après Mako qui m’avait séduite par son écriture sans concession, Le roi des crânes qui avait la particularité d’être une enquête menée tambour battant et sans aucun temps mort et Doux comme la mort , excellent roman noir, « Black Cocaïne » est le quatrième ouvrage que je chronique de cet auteur.

 

Ce qui fait la force de ce roman ?

La justesse de l’écriture et surtout le talent de l'auteur qui « croque » le Mali de l’intérieur. Pour y avoir vécu pendant quelques années, il en connait parfaitement les rouages et les us et coutumes. Il nous en montrera les multiples facettes et le lecteur ressentira aisément au fil des pages son attachement à ce pays. 

Je discutai avec le gardien sans prêter attention au soleil qui se couchait. Quand je vis que les ombres s’étiraient à l’infini comme une sculpture de Giacometti, je réalisai qu’il était temps d’y aller. Je remerciai le vieil homme et rejoignis ma voiture en pressant le pas. Lorsque j’arrivai au 4x4, la nuit était tombée. La forêt résonnait des cris des animaux nocturnes et craquait de toute part comme un vieux navire sous le vent. J’hésitai à reprendre la route et finalement je renonçai. J’avais une chance sur deux de casser un organe mécanique de la voiture. Je sortis du coffre le matelas en mousse que j’installai sur le toit du Land Cruiser, dans la galerie. Je déroulai mon sac de couchage et m’installai confortablement.
Un ciel miraculeux déployait ses constellations en un tapis ardent. Sous une pluie d’étoiles filantes, je mangeai des morceaux fondants de mangue. De la pointe de mon couteau, je les mettais dans sa bouche en m’extasiant comme un gosse.

"Black Cocaïne" Laurent Guillaume
"Black Cocaïne" Laurent Guillaume
"Black Cocaïne" Laurent Guillaume
"Black Cocaïne" Laurent Guillaume
"Black Cocaïne" Laurent Guillaume

Quatre ouvrages avec tous un point commun : des personnages forts et entiers.

Dans le cas présent, ce sont encore deux protagonistes déterminés et prêts à tout pour aller jusqu’au bout de leurs convictions et assouvir leur soif de vengeance que l’auteur met en scène. La souffrance est devenue leur lot quotidien. Envahissante, pesante, sourde, elle est dévastatrice et les ronge.

 

Faten a perdu sa petite sœur, celle qu’elle aimait par-dessus tout. Celle qu’elle avait élevée en lieu et place de sa mère.

" C’est moi qui l’ai élevée, Bahia. Je suis sa mère et sa sœur et je souffre pour les deux."

 

Solo, quant à lui, mettra souvent, tout au long de cette enquête, sa vie en danger. Mais il n’en a cure, la vie lui ayant déjà ôté les deux êtres qu’il avait de plus cher : sa femme et son fils. Il n’a plus rien à perdre.

Un personnage assez bourru, sur qui le mal semble glisser, qui endure la souffrance, solide comme un roc et qui paraît invincible. Dans ce constat réside probablement la seule faiblesse de ce roman. Il n’a pas de défauts apparents et se remet de toutes les situations difficiles. Quant à Faten, elle n'occupe qu'une place minime dans ce récit.

 

« Black Cocaïne » est une enquête où corruption et intimidation sont les maîtres mots , une enquête où, une fois de plus, Laurent Guillaume ne se départit pas de son talent et marque incontestablement son empreinte dans le roman policier en signant un roman très réussi.

 

 

 

Sélectionné pour le Prix du Quai du Polar 2014.

 

De cette sélection, je n’en ai lu que trois dont "Black Cocaïne" :

 

Yeruldelgger – Ian Manook – Coup de cœur « Les polars de Marine »

Conversation avec Ian Manook

 

Un long moment de silence – Paul Colize

 

et en connaissant les qualités, la tâche du jury a dû être bien difficile cette année afin de départager le meilleur.

 

 

 

Prix des lecteurs-20-min - Lyon

"Black Cocaïne" Laurent Guillaume
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