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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

05 Jan

Conversation avec Patrick Bauwen pour "Les fantômes d'Eden" (Albin Michel)

Publié par Les Polars de Marine

Ceux et celles qui suivent régulièrement mon blog savent que je décerne très rarement des coups de coeur.

Très rares sont en effet les romans qui répondent à tout ce que j'attends d'une lecture.

Dans le cas présent, Patrick Bauwen, dans son roman : "Les fantômes d'Eden" publié chez Albin Michel, a su allier mystère, nostalgie de l'enfance et, surtout, faire partager à son lecteur un flot d'émotions au continu.

Alors, comme je l'avais précédemment fait avec Nicolas Zeimet pour "Seuls les vautours" (coup de coeur 2014), Michel Bussi pour "Nymphéas noirs" (coup de coeur 2013) ou Ian Manook pour "Yeruldelgger" (coup de coeur 2013), je vous propose de lire cette interview.

Je remercie vivement l'auteur qui, malgré un emploi du temps bien chargé, a accepté de se prêter au jeu des questions / réponses.

 

 

Bonjour Patrick, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis grand, brun, j’ai quarante-six ans, et je porte un t-shirt avec « Diable, nous sommes faits comme des rats ! » inscrit sur le devant, et « Je suis le Pater Familias ! » imprimé derrière. J’ai eu ça pour Noël. Devinez de quel film il s’agit.

 

Vous exercez la profession de médecin et vous avez choisi d’écrire. Qu’est-ce qui vous plait dans l’écriture et pourquoi ressentez vous ce besoin ?

L’écriture, c’est la liberté. On est l’architecte du monde que l’on crée, on peut s’immerger et rêver librement avec les personnages. C’est un moyen de vivre d’autres vies. Quand on réalise que l’on a ce pouvoir, et qu’il est à portée de la main, il faut en profiter ! La liberté !

 

Comment trouvez-vous votre inspiration ?

De trois façons. D’abord en observant les gens. Ensuite en observant le monde à travers les médias qui m’intéressent, surtout des journaux comme le Miami Herald, USA Today, Match ou diverses revues médicales. Enfin en me laissant porter par les émotions. Je peux éventuellement stimuler cette émotion en écoutant de la musique. Je donne d’ailleurs souvent des indications musicales dans mes livres à propos des morceaux qui m’ont accompagné durant l’écriture.

 

Comment écrivez-vous ? Avez-vous un plan ou écrivez-vous au gré de l’inspiration ?

Je définis toujours un plan détaillé. C’est obligatoire dans le domaine du thriller. Je connais le début et la fin d’une histoire à l’avance. Mais ce qui se passe au milieu… c’est un autre problème. Les personnages ont tendance à vouloir s’évader et vivre leur vie. Et il ne faut surtout pas les contrarier ! Tout l’art est de naviguer entre la contrainte et la nécessité de laisser agir les personnages.

Pour les aventures de Paul Becker, par exemple, j’ai un fichier (que j’appelle CHRONO, ou « L’histoire dans l’ordre chronologique ») définissant les grandes dates de leur vie, de leur naissance à leur mort. On y voit tous les principaux protagonistes, avec les croisements, les twists, qui sait quoi, quand, comment, les goûts et les détails de chacun. C’est un immense puzzle un peu fou. Toutes les histoires sont bouclées partout, et si j’imprimais ce fichier, la taille au sol dépasserait certainement la surface de ma cuisine…

Cependant… faut-il à tout prix suivre ce plan ? La réponse est non ! Car mes meilleures pages sont toujours celles que j’ai écrites spontanément. Conclusion : l’écriture, c’est beaucoup de travail, un plan qu’il faut savoir ne pas suivre, et une touche de magie ! Et oui, dans les livres la magie existe.

 

J’ai relevé, entre autres, ces quelques phrases dans votre roman : « Aujourd’hui, je peux l’affirmer : le docteur Charles Lewis fut l’homme qui me donna la vocation, l’étincelle qui enflamma mon imagination et me poussa à réaliser mes rêves ». Quel fut l’élément déclencheur, en ce qui vous concerne, qui vous a conduit à entreprendre des études de médecine ?

L’élément déclencheur est une femme. Il s’agit de ma prof de physique en classe de première, ma très chère F. Nous étions une bande d’ados un peu dingos, et F. était notre muse à tous. Un jour je dis « Pfff, je ne sais pas quoi faire de ma vie, après le bac, je vais entreprendre des études de commerce ». Elle me répond « Mais non, toi tu seras médecin » « Ha bon ? » fais-je, sidéré. A l’époque, je n’envisageais pas du tout cette profession, et il n’y a d’ailleurs aucun médecin dans ma famille. F. ajoute « Tu aimes les sciences. Tu aimes l’humain. Tu aimes l’écriture. Il y a une profession qui traite des trois : c’est médecin ». Tout est parti de là.

 

Vous déclarez que votre héros : Paul Becker (médecin de profession, mêmes initiales que les vôtres) vous ressemble. On a pour coutume de dire que les auteurs mettent souvent une part d’eux-mêmes dans leurs romans. Cette histoire est-elle un peu la vôtre ?

Non. Elle n’est pas un peu la mienne. Elle est énormément la mienne.

 

Qu’est-ce qui vous a donné l’idée d’écrire un roman multi genre ? (aventures, suspens, thriller) ?

L’envie. Il faut se laisser uniquement guider par l’envie. Je voulais retrouver les bonnes vibrations de ma jeunesse, les bandes de copains, ce moment magique où tout est possible, l’époque où l’on se sent capable d’accomplir des miracles. Et on en accomplit, d’ailleurs.

 

Vous publiez depuis le début de vos écrits chez Albin Michel. Comment s’est déroulée votre recherche d’un éditeur ?

En vérité, je n’ai écrit qu’à un seul éditeur : celui de Stephen King. Je me suis dit, « ce gars-là est édité en France par Albin Michel. Stephen King est mon auteur fétiche, et il dit qu’il faut s’accrocher à ses rêves. Toute cette histoire est un rêve, alors vivons-le jusqu’au bout. Tant pis, j’écris uniquement à l’éditeur de Stephen King ». Et ça a marché.

 

Vous partagez votre vie entre la France et les Etats-Unis. Comment arrivez- vous à concilier cette « double vie » ?

A une époque je passais trois mois par an aux Etats Unis, essentiellement les mois d’été. Je résidais surtout en Floride où j’ai des attaches. Mais je ne peux plus y aller autant à présent, et je me contente désormais d’un mois. Le service médical dans lequel je travaille en France réclame une présence constante et régulière.

 

Votre précédent roman a été publié en février 2012. « Les fantômes d’Eden » est paru début Novembre 2014. Soit une carence de deux ans et demie. Pourquoi avoir attendu si longtemps pour la publication du suivant ?

Parce que la médecine d’urgence demeure mon activité principale. Je suis à la fois urgentiste et médecin coordonateur d’un service qui s’est beaucoup développé. En outre, j’ai fait un peu de télévision dans l’intervalle. Une expérience passionnante mais incroyablement chronophage. Je ne suis donc pas écrivain à temps plein. Mais je vais tâcher d’être plus régulier, promis ! Le prochain devrait d’ailleurs sortir fin 2015. Vous voyez, je m’améliore…

 

Qu’est-ce qui, selon vous, contribue à la réussite d’un bon roman policier ?

Le travail de fourmi de l’auteur, sa sincérité, la profondeur des personnages, l’accroche de départ, le twist de fin, et plus que tout… la bonne fée des livres ! Dommage qu’on ne sache pas qui elle est, ni comment elle se manifeste, cette bonne fée. On voudrait tous l’attraper dans un filet à papillons. Mais c’est une bonne fée, elle est bien plus maligne que ça.

 

Comment percevez-vous les critiques ?

Les auteurs sont tous les mêmes : ils adorent une bonne critique, mais pour leur plus grand malheur, ils ne voient que la mauvaise critique au milieu de la forêt de bonnes (et s’ils vous disent le contraire, c’est qu’ils mentent, haha). Mais avec l’âge, je me suis adouci. J’essaye surtout de m’amuser et d’entrainer mes lecteurs avec moi. J’ai envie de dire « qui m’aime me suive, les gars ! »

 

Quels conseils donneriez-vous à un jeune écrivain ?

Lisez beaucoup. Ecrivez beaucoup. Copiez ceux que vous aimez. Réécrivez leurs histoires à votre façon. Prenez le pouvoir, ne vous découragez jamais, recommencez, ECRIVEZ Nom de Dieu ! Partout, tout le temps, avec passion, avec fougue ! Et fichez-vous de ce que penserons les autres ! Personne, PERSONNE ne peut vous dire si c’est bien ou mal. Harry Potter a été refusé des tonnes de fois avant d’être publié. JK Rowling est l’un des écrivains les plus riches au monde. Mets toi ça dans la tête, mon bonhomme, et retourne écrire ton roman avec jubilation, et des lecteurs viendront jubiler avec toi !

 

Quels sont vos auteurs préférés ?

Stephen King.

Bon, il y a en a d’autres.

Harlan Coben, Jack Vance, Philippe Djian, Charles Bukowski, John Fante, Jack Kerouac, Michael Connelly sont mes héros. On ne les trouve jamais bien loin de ma table de chevet.

Mais Stephen King dort avec moi.

 

Avez-vous des loisirs ? Si oui, lesquels ?

Je suis un très gros consommateur de séries télé. D’ailleurs, allez immédiatement voir True Detective et Fargo – la série, c’est un ordre ! Sinon je joue également beaucoup à World of Warcraft avec mon fils et mes amis. Le jeu est essentiel à la vie. La vie, c’est le jeu. Et écrire, c’est jouer, bien sûr.

 

Quelle est votre devise ?

« Même pas peur ». Dans ma famille, c’est une devise constante. On se la répète toute les semaines. Accrochez-vous à la vie, saisissez-là par le colbac, regardez-là au fond des yeux, et quoi que vous voyiez : MEME PAS PEUR !

 

Quel est votre rêve le plus cher ?

Pourquoi s’arrêter à un seul ?

 

Si vous aviez la possibilité de faire un vœu, quel serait-il ?

Je me suis souvent posé la question, en particulier lorsque j’étais enfant. Voilà un jeu auquel la petite bande des Fantômes d’Eden aurait certainement pu jouer. Un vœu, un unique souhait, mhmmm voyons voir… Etre heureux en amour ? Etre célèbre ? Etre riche ? Etre, ou avoir, d’ailleurs ? Par exemple, avoir le droit de porter le super blouson en cuir de mon père, un soir, juste une fois, comme ça je pourrais attirer le regard de Sarah, oh oui mon Dieu, s’il vous plait-s’il vous plait, juste une fois, faites que Sarah me regarde, s’il vous plaaaiiiit !

Bon, vous voyez bien qu’il est impossible de faire un unique vœu.

 

Si vous n’aviez qu’un seul mot pour vous définir, quel serait-il ?

Passionné.

 

Le mot de la fin ?

Il n’y a jamais de fin. Juste, on se lâche la main quelques instants, mais on n’est jamais loin. Nos routes restent proches. Regardez : il y a un chemin de traverse, là, tout près. Je suis juste de l’autre côté.

« A bientôt ! » 

 

Conversation avec Patrick Bauwen pour "Les fantômes d'Eden" (Albin Michel)
Conversation avec Patrick Bauwen pour "Les fantômes d'Eden" (Albin Michel)
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K
Superbe interview ... je ne me lasse pas de lire tout ce qui touche a Patrick Bauwen! Moi qui le lis depuis ses tous premiers et qui ai toujours cru qu’il etait americain ... mais ne l’est-il pas un peu ? En tout cas moi, il m'amène du rêve, de la joie, de l’aventure et il a toujours le sourire et ça, ca n’a pas de prix !! Merci Marine !!
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M
Merci Kris,

Il est toujours intéressant de mieux connaître les auteurs qui ont su nous "emporter" dans leurs écrits.
Ce roman est le premier que je lis de cet auteur et j'avoue que je ne le connaissais pas auparavant. Mais quelle belle découverte !
Bises

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