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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

28 Feb

"Hyenae" Gilles Vincent

Publié par Les Polars de Marine

Dans un état second, il avait parcouru les lignes.
Un message de l’enfer.
Affolement total. Une bouffée d’angoisse et de haine. Puis, le vertige. Jusqu’à la décision immédiate de partir. De tout laisser, sans exception.
S’exiler n’importe où – ce fut Maussane – et couper tous les ponts. Tous.
Tant pis.
Pour lui, pour les autres. Pas d’autre choix que de les mettre à distance. Plonger tous ceux qu’il aimait dans l’incompréhension. Juste pour les préserver de l’horreur absolue.
Son ami Mathias, Aïcha et tous les autres. Largués de sa vie.
Changer de ville, de métier, se reconstruire un semblant d’existence dans cette bourgade des Alpilles, à quelques kilomètres de Lison, sa petite dernière de quinze ans, qui vit à Arles avec sa mère.
Ne plus chercher à savoir, à comprendre. Jamais.
Enfouir sa haine au fond des tripes, comme on planque un cadavre dans un jardin.
Apprendre à se taire pour toujours.
Ne laisser qu’à son ventre la liberté de gueuler, de vomir chaque matin, au bout du sentier des ânes…
Sébastien Touraine se dit qu’il est temps de redescendre. De se rincer le visage à l’eau froide et d’ouvrir la boutique, sur la place de l’église. Temps de lever le volet métallique de la devanture sur les étagères de livres anciens que des gens de passage achèteront peut-être.

Sébastien Touraine, détective, n’est plus que l’ombre de lui-même depuis que l’enquête de la petite Camille, disparue un jour du mois de septembre 2003, lui a été confiée et qu’il n’a pas su la retrouver.

Mais le comble de l’horreur pour cet homme, c’est quand le corps de sa fille aînée a été retrouvé calciné dans une voiture. Endeuillé par cette mort, meurtri et si profondément blessé dans sa chair, il n’a trouvé de refuge que dans la fuite. Sa seule thérapeutie : tout abandonner, du jour au lendemain : job, famille, amis, vie.  Pour ne plus avoir à penser à toute cette horreur. A son incapacité à résoudre cette affaire, au poids de la peine, il a rompu tous les liens. Avec tout le monde. Tirer un trait en travers de la grande page du passé, se faire oublier et oublier. Ou tout au moins tenter d’oublier et de dissiper son mal être. Mais le passé finit toujours par ressurgir un jour ou l’autre. Et quand une piste, la première depuis quatre ans apparait, l’ancien détective devra revenir sur le devant de la scène.

Pendant que la police visionne une vidéo de Camille, les parents d’une fillette du Nord de la France, également disparue depuis quatre ans, reçoivent une lettre. 6 chiffres et 5 mots : « 100.000 euros contre une preuve de vie ».

 

 

Ce qui surprendra d'emblée le lecteur et ce, dès les premières pages, est le ton adopté par les enquêteurs. Ton qui plaira ou pas, mais qui a le mérite de parfaitement coller à la situation. Pas de demi-mesure. On pourrait presque imaginer Gabin et Ventura dans certaines scènes.

Jean-Marc Manzzini a rejoint les deux derniers clients de la soirée à leur table. Il débouche sa troisième bouteille de champ’ quand la porte s’ouvvre sur Aïcha Sadia et son équipe.
- Police !
Quelques pas jusqu’à la tablée.
- Faut qu’on parle. Manzzini. Alors tu fermes ta boutique.
Puis elle s’adresse aux deux autres :
- Allez, messieurs. Il est tard, on n’a pas de temps à perdre. Vous bougez votre cul et vous rentrez chez vous.
Manzzini se plante un havane entre les dents et remplit les flûtes comme si de rien n’était.
- Me parler ? Pas de problème.
Calmement, il repose la bouteille et poursuit :
- Je finis ma coupe avec mes amis et après, je suis à vous. Vous n’avez qu’à prendre un verre au bar avec vos gars. Ma femme va vous servir. Et gardez votre pognon, c’est la maison qui régale.
Le lieutenant Camorra s’empare de la bouteille et la retourne dans le seau à glace. Puis il saisit les coupes et, du même geste, les vide une à une.
- Tu vois, Manzzini, maintenant y’a plus rien à boire.
Puis il dévisage les deux clients :
- Vous deux, les charlots, vous dégagez. La bouffe, vous avez entendu la patron, c’est la maison qui régale. Allez, hop ! Dehors, On va pas y passer la nuit.
Manzzini se lève d’un coup.
- Non mais vous vous croyez où ? Je suis chez moi, ici, et je n’ai rien à me reprocher. Aussi, vous me lâchez la grappe ! Je bois un verre avec mes invités et après, on cause.
Il plonge son regard dans celui de la commissaire.
- Ici, vous êtes chez moi et, en plus, je suis clean comme un nouveau-né. Je préfère vous prévenir, madame la commissaire, chez moi, c’est bibi qui mène la danse.
Touraine quitte le tabouret sur lequel il a pris place en entrant et soulève Manzzini par le col de la chemise.
- Ecoute-moi bien, enfoiré. Si on fait le déplacement jusque chez toi à une heure pareille, c’est pas pour te faire un contrôle fiscal mais pour du lourd. Du très lourd. Alors, tu commences par dire à tes potes de dégager. Et pour ce qui est de la danse, cette nuit, c’est moi qui conduis. Vu ?
Camorra ouvre la porte qui donne sur la rue.
- Allez, les pieds nickelés, foutez le camp avant qu’on s’occupe de votre pedigree.
Il se tourne vers l’épouse de Manzzini.
- Toi aussi, ma poule, tu dégages. C’est d’un tête-à-tête qu’on a besoin avec ton bonhomme, tu me suis ? Tu ramasses ton sac, ta quincaillerie, et tu te casse.
Manzzini s’affale sur sa chaise.
- Vas-y Fiona, sinon ils vont nous les briser toute la nuit.
Alors qu’elle s’apprête à sortir, Touraine l’agrippe par le bras.
- Avant de nous laisser, rallume le four à pizza et fais-le ronfler comme il faut.
Fiona Manzzini actionne les boutons du brûleur et rejoint les deux derniers clients dans la rue sans dire un mot.
- Dis donc, obéissante ta poupée ! s’exclame Camorra.
- Qu’est-ce que tu veux, j’ai toujours su y faire avec les dames… Et c’est pas ce soir que ça va changer. N’est-ce-pas, madame la commissaire ?
Aïcha ignore la remarque et s’adresse au légiste :
- Vous pouvez tirer le rideau, Mathias. On sera plus tranquilles.

Force est de constater que l’auteur a un talent indéniable pour maintenir le suspens et dès les premières pages tournées, il sera bien difficile de se libérer de l’emprise de ce récit. Afin de savoir et d’aller jusqu’au bout de la folie. Les personnages, quant à eux, sont bien campés et heureusement, certains se laisseront aller à un peu d’émotion et de tendresse.

Mais…

Les rais de lumière filtrant de ces lignes sont bien minces et la violence de certaines scènes pourra heurter certains lecteurs. Plongée en enfer dans les réseaux de prostitution et la pédophilie. 

 

Quelques lignes en 4 de couv qui, on peut le souligner, se vérifient :

 

« Machiavélique est le maître mot de ce thriller ».

« Gilles Vincent éclabousse le lecteur d’une myriade d’émotions fortes ». La Cause Littéraire.

  

 

  

Jigal Polar

18,50 €

212 pages

 

 

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