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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

21 Jun

"Les mémoires de Mathilde" Gérard Coquet * Premier coup de coeur 2015 *

Publié par Les Polars de Marine

"Les mémoires de Mathilde" Gérard Coquet * Premier coup de coeur 2015 *

Mathilde Favier se sait condamnée et souhaite écrire ses mémoires. Elle fait appel à Hugo Boscowich qui refuse dans un premier temps mais, devant l’insistance de son ancien amour de jeunesse, finit par accepter et retourne à Malfront. 

Par crainte, par respect ou par pudeur, Hugo avait toujours repoussé le moment de soulever le couvercle de cette malle aux souvenirs.
Boscowich en était encore à décrire Malfront à Isis lorsqu’il emprunta le chemin menant à la ferme. En contrebas, la bâtisse roupillait dans son écrin de verdure, indifférente à la Gouille qui roulait à ses pieds. Sur la coursière, le chêne plusieurs fois centenaire avait déjà enfilé son pyjama d’automne et s’emmêlait les racines dans un tapis de lierre, au milieu d’un roncier insolent qui lui ceinturait le tronc. Boscowich salua le Vénérable et, descente oblige, enclencha la première lente. D’après Raymonde, le village était persuadé que l’arbre était mort. La mairie avait même convoqué des agents des Eaux et Forêts pour lui tourner autour, le renifler, le mesurer. Pas mesure de sécurité l’escouade des spécialistes avait recommandé d’étayer ses fûts.

Mais…

Cette fois-ci, le bruit vient de la chambre. Ce n’était pas un bruit né de son cerveau mais un crissement de semelles sur le parquet. Mathilde n’eut pas le temps de se retourner. Un choc effaça la Lune et les toits du chenil. Une douleur insupportable lui serra le crâne. Pendant qu’elle portait les mains à sa nuque, le sol se déroba sous ses pieds. La rambarde du balcon lui griffa le ventre et les cuisses.
Deux étages plus bas, les escaliers de la terrasse lui servirent de dernier oreiller.

Bosco réfute totalement l’hypothèse du suicide et est convaincu que quelqu’un a cherché à faire taire Mathilde afin que certains événements ne soient pas mis à jour.

Dans son premier ouvrage : Malfront – Les fantômes de la combe , l’auteur faisait preuve de beaucoup d’originalité et d’audace en utilisant comme narrateur un chêne. Un chêne qui avait vendu son « âme » au Malin pour pouvoir grandir plus vite et dont les racines s’étendaient de part et d’autre du village et auprès duquel beaucoup de langues se déliaient. Un chêne qui pouvait converser avec les habitants du village et qui était le témoin séculaire de tout ce s’ensuivrait.

Dans ce nouveau roman qui n’est en aucun cas une suite, et ce, même si les personnages sont récurrents, le genre est différent et le ton bien moins noir. « Les mémoires de Mathilde » est un roman policier au suspens très prononcé. L’enquête y tient une place prépondérante, tout en intégrant toujours autant la profondeur des protagonistes et les descriptions y sont tout aussi précises que dans "Les fantômes de la combe". Aucun temps mort, un rythme constant de la première à la dernière page et un suspens très bien distillé, un tempo parfait et un bouquet final "explosif". 

L’alliance des personnages est, quant à elle, particulièrement judicieuse. Un mélange très bien orchestré : des hommes et des femmes modernes et certains autres qui ont le charme d’antan. Pour ne prendre qu’un exemple, je ne vous révèlerai pas l’identité d’Isis mais sa « bille de clown » et ses pitreries sont inégalables. 

Le patois Lyonnais est beaucoup moins prononcé que dans le premier ouvrage et point positif : le glossaire n’est plus en fin de récit mais inséré en fin de page.

Boscowich se gara vers les cèdres. Roscovic, assis sur les marches, sculptait sa tristesse dans un morceau de bois. Au-dessus de lui, à la lisière des tuiles, les guêpes des vendanges tournoyaient en se cognant au crépi de la façade. Sur la cadette, la racine torturée d’un lierre suspendait ses crampons autour de l’anse d’un arrosoir qui n’avait plus rien arrosé depuis des lustres. Roscovic rangea sa lame et balança sa sculpture par-dessus le muret du jardin.

Gérard Coquet fait partie de ces auteurs qui manient avec une dextérité extraordinaire la plume et les mots. Tour à tour, le ton sera, selon la situation, sarcastique, humoristique ou littéraire. L’alchimie est parfaite. Certaines situations sont truculentes à souhait et le ton pince-sans-rire sied à merveille.

Malfront et Martebrun sont nés d’une imagination particulièrement fertile. Mais quel dommage que ces lieux ne soient que pure fiction, que l'on ne puisse suivre les pas de Hugo, Raymonde, Line ou Mathilde, voir ces lieux uniques, sentir ou toucher ce chêne séculaire, s'imprégner de toute cette ambiance plus que particulière.

Ce roman est d’une qualité rare : pour l’originalité de l’écriture, pour l’humanité qui se dégage de ce récit, pour la précision de l’auteur.

Enfin, je ne pourrai clore cette chronique sans apporter une mention toute particulière à la couverture des Editions In Octavo.  

 

 

« Malfront - Les fantômes de la combe » s’était vu décerner trois prix :

  • 1er Prix Plume de Glace de Serre-Chevalier 2012
  • 1er Prix Centaure Noir de Noisy-le-Roi 2012
  •  Prix du Jury Dora Suarez de Villeurbanne 2013

Je souhaite le même succès aux Mémoires de Mathilde, voire plus.

 

 

 

Editions In Octavo

364 pages

21 €

 

 

"Les mémoires de Mathilde" Gérard Coquet * Premier coup de coeur 2015 *
"Les mémoires de Mathilde" Gérard Coquet * Premier coup de coeur 2015 *
"Les mémoires de Mathilde" Gérard Coquet * Premier coup de coeur 2015 *
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