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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

01 Feb

"Les enfants de Lazare" - Nicolas Zeimet -

Publié par Les Polars de Marine

Le destin tient parfois à peu de chose.

Pierre Sanek est journaliste.

Il vient d’apprendre la nouvelle de ce petit garçon « ressuscité ».

Le père de Sokhom baissa les yeux sur le cercueil. Son fils était si petit. Si fragile. Il était né dans le mois de pissàkh, année du chien, ce qui avait influé sur le cours de toute sa courte vie. Mais c’était ça, son destin ? Une vie avortée avant même d’avoir commencé ? Il aurait tant aimé lui offrir un avenir meilleur…
L’homme fit barrage aux larmes qu’il sentit monter. Il se répéta intérieurement que la mort était une libération qu’il fallait envisager avec sérénité, qu’il devait accompagner son enfant de ses prières afin de l’aider à sortir de son corps et à trouver son chemin. C’est ce que disait le Livre des Morts.
Posant les yeux sur son fils, il exprima une dernière fois le regret de le voir partir si tôt. La paix qu’il s’était attendu à ressentir tardait à venir. Il avait dans la bouche un goût amer, le goût de la mort, le goût des eaux du lac, le…
Son souffle se bloqua. Il pensa d’abord à une hallucination, et plissa les yeux pour tenter de mieux y voir à travers les fumées d’encens. Quand il fut certain de ce qu’il avait vu, il résista à l’envie de crier.
Ses prières avaient été entendues.
Son fils décédé venait de remuer dans son cercueil.
L’homme resta un moment en arrêt. Sidéré, il cligna plusieurs fois des paupières, puis, après peut-être trois ou quatre secondes, il se pencha en avant. Il n’y eut rien de plus qu’un murmure dans son dos quand il souleva Sokhom pour le tirer de son lit mortuaire. La pièce d’argent qu’on avait introduite dans la bouche du garçon roula au sol et disparut entre les lattes du plancher à claire-voie.
Les épaules de Sokhom se soulevèrent. Son père se mit à parler à toute vitesse, louant les génies protecteurs qui avaient ramené son fils à la vie, les fantômes et les revenants, les dieux et tous les êtres qui peuplaient l’univers khmer.
Puis, il pria le neak ta, le mort parmi les vivants.

Il est persuadé de tenir un « scoop ».

Il poussa le scooter à quatre-vingt-dix, malgré les bouchons, la pluie et la nuit qui cherchaient à le ralentir. Arrivé porte de Saint-Ouen, ses nerfs n’étaient plus qu’une pelote brûlante. Son instinct lui disait qu’il tenait quelque chose – une accroche, l’amorce d’un sujet.
Même éteint, même au bout du rouleau, il lui était toujours aussi difficile de résister à l’attrait de l’actualité.

Simultanément, il est appelé avec une de ses collègues pour couvrir le suicide d’une femme qui s’est jetée du premier étage de la Tour Eiffel.

A peine arrivé sur les lieux, c’est avec stupéfaction et effroi qu’il découvre que le corps n’est autre que celui d’Agathe, une jeune femme qu’il connaissait depuis quelques jours à peine, mais à laquelle il s’était profondément attaché.

Blessée par la vie et en apparence indomptable, aussi énigmatique que sensible, elle semblait cacher bien des secrets.

Pierre se retourne, l’objectif de la caméra comme un prolongement de son nerf optique. La vue sur le corps vient de se dégager. On l’a recouvert d’un suaire noir qui ressemble à s’y méprendre à la bâche qui protège la XDCAM de la pluie, mais le vent l’a soulevé. Il comprend l’allusion au Tubble Gum, tout à coup, et il n’est pas fier de lui : une bouillie rose et luisante s’échappe de la boîte crânienne sous la masse des cheveux noirs.
Il zoome. Un front bombé se dévoile sur l’écran. Une mèche de cheveux s’enroule dans une bourrasque.
Une mèche bleue.
L’épaule de Pierre s’affaisse. Un coup au plexus le suffoque.
Agathe.
La caméra ne cadre rien que le bitume maintenant.

Agathe n’ayant pu, de son vivant, lui révéler ce qui la tourmentait, il se devra de chercher des réponses à ses questions ; et c’est par le biais de son enquête qu’il les trouvera.

Mais, pour ce faire, il se devra de partir sur les terres Cambodgiennes.

 

 

Nicolas Zeimet est un amoureux des mots, qu’il se plaît à manier avec une très grande dextérité.

C’est avec brio qu’il aborde dans cet ouvrage plusieurs thèmes, dont celui de la réincarnation et de la mort imminente.

Vous découvrirez les autres au fil de la lecture et je ne pourrai les dévoiler, risquant de trop lever le voile. 

Il nous livre un récit « caméra au poing » et prend le temps de s’arrêter, de regarder, de vivre, et de nous faire partager des paysages de la vie quotidienne.

L’analyse est parfaite, le ressenti juste et précis, les personnages de ce roman vrais, profonds, touchants et sincères.

L’ambiance y est magique.

Il n'y a pas à douter que vous vous laisserez emporter par ce tourbillon de mots et d'images qui vous donneront très probablement l'envie de découvrir, si vous ne le connaissez déjà, ce pays.

 

 

"Les enfants de Lazare" est le quatrième roman de cet auteur que je chronique, après : "Seuls les vautours" - Coup de cœur 2014 -  "Comme une ombre dans la ville", et "Retour à Duncan's Creek".

Si l'envie vous dit d'en savoir plus sur Nicolas Zeimet, je vous invite à lire (ou relire) l'interview que j'avais réalisée lors de  ma critique de : "Seuls les vautours".

 

 

 

Editions Jigal Polar

Broché

19 euros 

 

"Les enfants de Lazare" - Nicolas Zeimet -
"Les enfants de Lazare" - Nicolas Zeimet -
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