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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

14 Feb

"Sinestra" - Armelle Carbonel -

Publié par Les Polars de Marine

Nous sommes en 1942 au Val Sinestra, où le destin de plusieurs personnages vont se croiser : Valère, Arthur, Ana, Colette, Signur Guillon, Il Docteur - pour les protagonistes -

 

Et...

 

Et moi Sinestra, j’assistai à la croisée de quatre destins sur le point de basculer…

Derrière ses rétines mortes, Ana imagina cette contrée lointaine qu’on appelait Suisse.
Elle s’en émerveillait à travers les descriptions qu’en faisaient les autres. Le silence de sa mère évoquait la plénitude, l’engouement délirant du jeune Valère composait un tableau féerique et les borborygmes d’un vieux mourant encadraient les pourtours d’une représentation surréaliste.
Le fantasme s’éroda quand la charrette bringuebalante s’aventura sur une route cabossée, menaçant de désosser sa fragile carcasse.
« Je n’ai jamais vu autant d’arbres, Ana ! s’extasia soudain Valère. Y a une sorte de grand manoir perché là-haut ! Je crois que c’est là qu’on nous emmène… »
Ana aimait bien Valère. Il avait rejoint le convoi six jours plus tôt dans un village du Midi. Sans père ni mère. Juste lui et ses douze printemps.
Elle l’écouta tracer le portrait poétique de terres inconnues.
Dans cet ailleurs, on soignait les gens comme elle.
Comme eux.
Elle se figura un paradis rempli de rires, de réglisses fondantes et de pommes d’amour, jusqu’à ce que l’haleine démoniaque du Val Sinestra effleurât sa nuque délicate tel un tisonnier labourant les cendres de l’innocence perdue.
Alors, Ana sut que maman s’était trompée.
Le Mal ne connaissait pas de frontière.
Il était la frontière.
[…]
Harassé, il franchit à son tour le seuil du Val Sinestra.
Les portes s’étaient déjà refermées derrière lui lorsque la forêt se remit à hurler.
[…]
Perché au-dessus des hommes, je couronnais la vallée et ses torrents. Je dominais le monde. On m’avait érigé en ermite à des lieues de la première bourgade. Dans l’isolement de mes fortifications rayonnaient de grandes salles pourvues de hautes fenêtres et de parquets en chêne. Mon ventre majestueux renfermait onze boyaux et une cage d’escalier pour les relier entre eux. Gardien de cent-vingt lits répartis en chambres spacieuses, j’avalais les âmes et les recrachais quand leur goût devenait amer.
Je m’appelais Val Sinestra.
J’incarnais l’œil du cyclone où régnait l’absolu néant convoité par les bienheureux rescapés d’impitoyables combats. Je n’étais pourtant pas ce paradis si souverainement décrit. Signur Guillon m’avait transformé en monstre malveillant. Tapissé de ses ornements macabres qu’il qualifiait d’ « œuvres d’art », j’ingérais les représentations d’enfants morts, sans broncher. Accueillais de pauvres mortels en soufflant sur leur salut d’un simple courant d’air.

Ne vous fiez pas à l’apparente lenteur des 80 premières pages.

L’horreur commence après…

Une horreur qui montera crescendo et qui atteindra son paroxysme à partir de la moitié du roman.

De lieu d’accueil dans un premier temps, cet endroit deviendra vite si lugubre et le théâtre de tant d’horreurs que ses murs se transformeront en prison.

Le Mal va s’inviter.

Et ce sera petit à petit, au fil des lignes, que le lecteur comprendra ce qu'il s'y passe réellement. 

 

Via une narration de qualité, Armelle Carbonel nous livre, une fois de plus, l’étendue de son talent.

Elle fait évoluer ses personnages dans un huis clos oppressant où l’atmosphère deviendra très rapidement irrespirable.

 

Donner corps et vie à Sinestra, donner la voix à ce lieu, témoin privilégié et bien involontaire de toute la souffrance, les horreurs et les atrocités qui y seront commis, il fallait y penser. Et surtout oser !

 

Original pour le moins et inhabituel, mais ô combien éprouvant !

 

« Sinestra » est un roman noir, très noir, qui sonde l’âme humaine, les limites de l’homme, l’instinct de survie, …

Et en cela, il n'est pas à mettre entre toutes les mains !

 

Le récit est centré sur la psychologie des personnages, l’émotion y est perceptible en permanence.

Heureusement que les chapitres sont courts et le récit linéaire. Dans le cas contraire, un tel ouvrage aurait été très difficile à lire et, surtout, à supporter.

Quant au style, l’on ne pourrait ne pas en parler.

De très grande qualité, très littéraire, les phrases sont recherchées et travaillées de manière remarquable et, en cela, l’on ne peut que féliciter le travail de l’auteure !

"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -
"Sinestra" - Armelle Carbonel -

Le Val Sinestra n’est pas le fruit de l’imagination de l’auteure. Mais il s’agit d’un lieu qui existe réellement. Situé en Suisse, cet ancien sanatorium aurait été le théâtre de nombreuses manifestations de l’au-delà.

Des séances de spiritisme y étaient organisées au sous-sol.

Isolé de tout, entouré d’une très vaste et étendue forêt, le village le plus proche est situé à non moins de six kilomètres !...

Transformé depuis plus de 40 ans en hôtel,  aujourd’hui encore, on le dit hanté.

Le nom de Guillon n’a pas non plus été choisi au hasard. Cet homme venait y faire soigner sa tuberculose et l’on dit que son fantôme hante de nos jours les lieux…

 

 

Doctrine née au milieu du 19ème siècle, le spiritisme trouve son origine Outre-Atlantique, dans l’état de New-York. Né de la supercherie de trois filles d’un pasteur méthodiste, le phénomène prend toutefois de l’ampleur en faisant des milliers d’adeptes, tout en n’étant toutefois, lorsqu’il fait son apparition en Europe qu’une simple curiosité. Et les séances de tables tournantes ne se limitent qu’aux dames de la haute bourgeoisie dans un premier temps.

Viendra alors après l’apparition d’autres moyens de communication avec les disparus, tels : l’écriture automatique, l’écriture intuitive, l’incorporation ou les séances avec les planches de Oui-Ja.

 

 

Mais quand certains intellectuels ou savants commencent à s’intéresser à ce phénomène, celui-ci prend une toute autre ampleur et de phénomène, il passera à une nouvelle pratique quasi-religieuse, se devant presque d’être étudiée comme une science.

C’est Allan Kardec qui « codifiera » ce nouveau phénomène. Il sera souvent sollicité pour participer et surtout superviser des séances de « tables tournantes ».

Intimement convaincu d’avoir vécu une vie antérieure, il publiera cinq livres sur ce sujet.

 

Tandis que, pendant ce temps, l’église catholique s’insurge, bien sûr, contre cette nouvelle pratique en voyant dans le spiritisme une simple tentative de modernisation de la nécromancie.

 

 

 

 

 

Editions Belfond

Broché – 315 pages – 18,50 €

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C
Très bel article, très intéressant et bien écrit. Je reviendrai me poser chez vous. A bientôt.
Répondre
L
Merci pour ce compliment ! <br /> Au plaisir de vous lire.
V
Excellente chronique qui decrit parfaitement l'ambiance que j'ai ressentie en lisant SINISTRA
Répondre
L
Ravie d'avoir retranscris correctement les émotions et l'ambiance dans ce cas :)
L
A priori, ce n'est pas trop mon style de livre mais j'avoue que je suis tentée parce que ça se passe en Suisse ????
Répondre
L
Oui, tout à fait. Cela se passe en Suisse. Mais il s'agit d'un huis clos ...

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