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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

18 Jun

'Sentence' de Hervé Croenne

Publié par lespolarsdemarine  - Catégories :  #Critiques

sentenceImaginez-vous dans un pays qui est le vôtre : la France. Un pays qui avait des habitudes, des règles, des codes.

Faisons maintenant un bond dans le futur. Nous sommes en 2030. Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Tout a volé en éclats. A cause d’une révolte. Le pays est sorti de la zone euro, a fermé ses frontières et vit en totale autarcie. Tout ce qui constituait l’élite a été balayé. Les anciens métiers, si longtemps dévalorisés sont revenus en force, il n’y a plus de justice, plus de politique. Ce sont les médias qui ont pris le pouvoir, convaincus de pouvoir redresser le pays. Les dix premières années, le choc fut brutal et les résultats catastrophiques. Mais depuis, la France s’est relevée avec le retour aux anciennes valeurs. Quant à la justice, elle est désormais rendue par le biais de jeux télévisés. Le dernier en date se nomme ‘Sentence’. Ce sont les téléspectateurs qui décideront du sort des accusés. Ce sont eux qui tiennent leur vie entre leurs mains. Un jeu très apprécié de tous. Tout le monde peut voter, en son âme et conscience. Au simple vu des témoignages et des ‘on dit’. Ce sont eux qui décident d’une vie, d’une mise à mort ou d’une remise en liberté. Il n’y a plus de juges, plus de jurés ni de jury, plus d’audiences, plus de délibérés. N’importe qui peut être désigné comme coupable et la présomption d’innocence est totalement bafouée. Plus de tribunaux engorgés, plus de dossiers qui s’accumulent sur les bureaux et qui mettent parfois des années à être traités. Le verdict est immédiat. Le téléspectateur vote par une simple pression sur une télécommande.

Ce soir, nouvelle émission : Francis se voit accusé par sa femme de ne pas lui verser la pension alimentaire qu’il lui doit. Et ce, depuis trois ans. Il est arrêté chez lui, filmé et violenté. Les méthodes utilisées sont radicales. L’intimidation, la force, l'ont terrorisé.

...’Sans aucun ménagement, les deux gardes traînèrent Francis jusqu’à la camionnette de l’émission. L’accusé baissa la tête en passant devant les appartements adjacents dont les locataires, ayant reconnu leur voisin l’invectivèrent en l’affublant de tous les noms d’oiseaux. Francis savait qu’il n’avait aucune chance de s’en sortir. Quant les journalistes dénonçaient des faits, il n’y avait aucun recours possible, ils ne se trompaient jamais, sous le couvert du secret professionnel et de la préservation de leurs sources, ceux-ci ne pouvaient appeler les témoins à la barre de l’émission. Le lynchage en règle se faisait en direct à la télévision. Francis savait qu’il avait commis une grosse erreur, décision prise dans la panique de son arrestation : se déclarer NON COUPABLE’...

Hélène est son avocate, commise d’office. Elle va tenter de faire acquitter son client. Parce que c’est son métier, mais aussi, et surtout, pour récuser des méthodes qu’elle désapprouve totalement. Tous les droits sont bafoués. Mais quand elle va découvrir qui est le second accusé, elle va réaliser la difficulté de la tâche.

Dans ce jeu (peut- on encore appeler cela un jeu à ce stade ?), les accusés risquent la peine de mort. 

Ludovic Giraud est l’animateur vedette et Marjorie son assistante, tout à fait à l’image des assistantes de certaines émissions : belle, et jouant son rôle à merveille : celui de l’illusion, de la parade, de la ‘bimbo’. Mais celle-ci va s’avérer toutefois bien surprenante et le lecteur se rendra vite compte qu’il ne s’agit que d’un masque.  

 

Les jeux plaisent. Cela ne fait aucun doute. Il n’y a qu’à, en effet, dresser la liste de toutes les émissions de téléréalité qui se sont développées ces dernières années et qui réalisent de très importantes parts d'audience. Nous sommes envahis par les ‘reality show’. Qui n’a pas, au moins une fois, regardé de telles émissions ? Souvenons-nous du succès d’une des premières émissions : Loft Story. D’autres ont vu le jour et lui ont emboîté le pas telles : Top Chef, L’amour est dans le pré, Pékin Express, Secret Story, The Voice, Star Academy, Les anges de la télé réalité, Danse avec les stars, Master Chef, la France a un incroyable talent, Koh-Lanta. La liste est longue et impressionnante.

…’Au cours des décennies, le spectacle avait pris le pas sur la justice. Ce n’était pas nouveau, la société voyeuse sévissait depuis le début du siècle. On avait commencé par enfermer des hommes et des femmes dans un loft, les caméras branchées vingt-quatre heures sur vingt-quatre, scrutant l’intimité de ce microcosme comme un aquarium géant, la plupart des candidats ayant l’intelligence de poissons rouges qui frétillaient dans l’habitacle en verre. On avait fait croire pendant des années que tout le monde pouvait participer à ce show, alors qu’ils étaient tous acteurs, jouant des rôles bien définis. L’intérêt du public baissant, on avait trouvé autre chose, beaucoup d’autres choses, des émissions de témoignages où monsieur et madame tout le monde avouaient leur adultère au pays tout entier. Un jeu où on affrontait ses peurs les plus profondes, une île paradisiaque où des couples étaient séparés pour se prouver leur infidélité, tandis qu’une nuée de bimbos faisaient la même chose avec ces dames. Là aussi, tous acteurs. Acteurs d’une société en perdition qui n’hésitait plus à se rendre ridicule en prime time’…

Dans l’émission ‘Sentence’, tout est bon pour faire un maximum d’audience : les trahisons, les manipulations, les coups bas,…

…‘A l’écran, les parts d’audience ne faisaient qu’augmenter, Anthony souriait, un de ces sourires d’extrême contentement, de plaisir intense, de sadisme presque. Le business fonctionnait à merveille, la nouvelle formule tenait toutes ses promesses. Il attendait le moment crucial, le vote des téléspectateurs et leur verdict’…

L’auteur dénonce ici, en le poussant à son paroxysme, ce dont une grande majorité de Français sont avides : le voyeurisme ainsi que le pouvoir qu’exercent les médias sur le traitement de l’information.   Mais jusqu’où peut-on aller ? Quelles sont les limites ? Vous découvrirez les réponses en lisant ce roman de Hervé Croenne que je vous recommande très vivement et que je qualifierai 'd'agitateur de conscience'.

Je pense que ce roman m'a surtout plu car, au delà de la fluidité du style, il s'avère que je partage entièrement le point de vue de l'auteur qui pointe du doigt ce genre d'émissions. Comment peut on apprécier ces télé réalités qui n'apportent rien, qui sont totalement dénuées d'intérêt, ces émissions où le téléspectateur croit partager la vie des participants mais qui s'avèrent être en réalité un montage orchestré par la production et qui reflètent une image bien futile des rapports humains.

Je terminerai cette chronique en ajoutant que, au delà du message que l'auteur a voulu nous faire passer, 'Sentence' est un excellent thriller. Le rythme s'accélère à environ la moitié du récit. Un récit très visuel, très intense. Une écriture vive et alerte. Hervé Croenne, qui n'en est pas à son coup d'essai (il s'agit de son troisième roman), est sans nul doute un auteur à suivre.  

 

Qui êtes-vous ?

Un chef d’entreprise multi casquettes qui s’échappe en écrivantcroenne

Votre trait principal de caractère ?

Je suis entier. Je dis ce que je fais, je fais ce que je dis et avec l’âge, j’ai appris la diplomatie.

Qu’est ce qui vous plait dans l’écriture ?

La liberté de se prendre pour Dieu pendant quelques pages, donnant un sens à la vie de ses personnages, coupant dans le vif quand il faut et abrégeant les souffrances de ceux qui le méritent.

Qu’est ce qui vous a donné l’envie d’écrire ?

Quand j’étais enfant, je me racontais des histoires pour m’endormir. Des histoires où j’étais bien sur le héros. Ado, j’allais tous les mercredis à la bibliothèque et m’imprégnais de Verne, d’Asimov et autres Conan Doyle. Et puis en 2006, L’HISTOIRE qui m’a fait devenir romancier.

Comment écrivez-vous ? Avez-vous des moments privilégiés dans la journée ?

J’écris à l’envie, je ne m’astreins pas à une discipline rigoureuse comme certains de mes camarades. J’élabore la trame générale de l’intrigue et ensuite pas à pas, je tisse le fil de la vie de mes personnages avec toujours en main une paire de ciseau qui, tel les Parques, fait son œuvre au détour des pages.

3 qualités et défauts ?

Ouh là, ce n’est pas à moi de vous le dire, il faut voir avec mon entourage, sinon, je vais vous dire : intelligent, beau, modeste.

Mes défauts :

Borné, caustique, impatient.

Votre loisir principal ?

La famille sous toutes ses formes, parents, enfants, amis on ne passe jamais assez de temps avec ceux qu’on aime.

Ce que vous détestez par-dessus tout chez un homme ? Et chez une femme ?

Chez un homme : Ceux qui vous traitent d’intolérant alors qu’ils vous critiquent dès que vous ne pensez pas comme eux.

Chez une femme : Son mec intolérant.

La même question mais avec ‘ce que vous préférez’ 

Chez un homme : Son côté féminin.

Chez une femme : L’élégance.

Votre devise ?

Aide toi, le ciel ne peut rien pour toi.

Un livre en écriture ?

Pas en écriture, en phase d’élaboration. Un scoop : C’est le Préquel d’un des personnages de Sentence.

Où trouvez- vous votre inspiration ? Et qu’est ce qui vous a donné l’idée d’écrire un roman sur ce sujet ?

Mon inspiration pour Sentence est simple : Les chaines d’informations et le traitement des informations par les « journalistes ». L’idée de départ de Sentence a été l’affaire des écoutes privées de l’affaire Bettencourt divulguées au grand public par un site internet que je n’aurai pas la décence d’appeler un site d’information.

Votre rêve le plus cher ?

Que l’univers de Sentence n’existe jamais bien que l’invasion ait déjà commencé.

 

Un grand Merci pour avoir accepté de répondre à ce questionnaire et aussi pour la rapidité des réponses !

 

Pour commander ce roman

ww.sentence-le-livre.fr    

 

Editions Herkule

220 pages

17 €

Commenter cet article

superzoe 19/06/2012 19:50

encore une belle chronique marine !!!! pour moi ce sera un deuxième livre sur la tv réalité (criminal loft) qui je penses me plaira tout autant

lespolarsdemarine 20/06/2012 17:21



Merci ! Sentence est toutefois différent de Criminal Loft. Il invite plus à la réflexion, l'auteur ayant voulu faire passer un message et il n'est aucunement 'angoissant' comme celui de Armelle
Carbonel. Mais je pense qu'il devrait te plaire également. Tiens moi au courant !



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