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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures. Vous pouvez me suivre sur mon compte twitter ou sur mon compte gmail : Marine Reigner

07 May

"Tortuga's Bank" André Blanc

Publié par Les Polars de Marine

Guillaume Farel est commandant à la PJ. A peine rentré de vacances, il est appelé sur une scène de crime par le lieutenant Lucchini. La victime se nomme Joseph Decosterd, est âgée de soixante-dix ans et était un ancien préfet.

La mise en scène est assez particulière : l'homme a été crucifié.

 

« Et c’est maintenant que ça devient intéressant : le type a traîné Decosterd par les pieds jusqu’ici au milieu de la pièce, l’a disposé sur le tapis, les jambes le long du corps, pieds croisés, lui écartant les bras, la paume de la main gauche transpercée, ouverte, tournée vers le plafond, et a tracé la croix avec du sang sur le front et un rond dans la paume de la main droite. Un vrai crucifié… Qu’est-ce que cela veut dire ? Pourquoi les pieds croisés ? Que veut-il nous faire croire ? Est-ce une indication religieuse ? Une provocation ? Je n’en sais rien. Toutes les hypothèses sont envisageables et je n’ai pas la moindre idée… »

 

Une symbolique bien particulière. D’autant qu’une croix tracée sur le mur dans l’axe du corps est également visible et que la tête a été disposée à l’est et les pieds à l’ouest. Un message qui laisse sceptiques les enquêteurs.

 

Joseph Decosterd était également collectionneur de bibles et il s’avère que deux bibles anciennes d’une valeur inestimable ont été dérobées ainsi que des méreaux.

Il y a aussi ce compte avec 52.000 € d’intérêts à la Tortuga’s Bank, mystérieuse banque Suisse qui ne figure dans aucune base de données internationale. Ajoutez à cela une correspondance avec une mystérieuse maîtresse dont on ne sait absolument rien et le brouillard s’épaissit.

 

C’est, dans un premier temps, en fouillant dans le passé de préfet de la victime que la police fera de bien surprenantes découvertes. Un monde souterrain sortira de l’ombre. Magouilles politico-financières, blanchiment d'argent, mafia,...

 

Ce qui fait la force de ce roman : peu voire pas de violence ni de scènes sanglantes, un suspens savamment distillé et dosé tout au long de l’intrigue desservi par une écriture remarquable d’une incroyable fluidité. Des phrases sensibles et une émotion palpable. La qualité de la narration est à souligner et dès les premières pages, le lecteur saura que ce roman se lira très vite. Pour savoir, pour obtenir les réponses à ses questions.

 

Les personnages sont travaillés mais c’est surtout celui du commandant Farel qui a retenu mon attention. Ex commando, perfectionniste, méticuleux, volontaire, aguerri, il n’obtient rien par la violence mais, au contraire, possède une force de caractère bien particulière et ne compte que sur sa force de persuasion afin d'obtenir ce qu’il veut. Observateur, il sait trouver les points faibles et en tirer profit. Une devise. Une seule : "Etre et durer".

« Farel, lui, partait de sa mémoire visuelle, exceptionnelle, pour analyser, reconstruire et révéler des mondes ignorés. Il regardait, analysait les faits, les objets, les mouvements du corps, les sons : le regard qui se détourne, la main qui tremble et se ferme, le lapsus trahissant l’inconscient. Toute cette kyrielle de petits mots, gestes, situations, et comportements qui parlent mieux que le plus beau langage. Et il les replaçait un à un, dans un contexte plus large, plus global et cette analyse systémique, par la révélation des liens, puissants ou ténus, révélait les failles, les manques de l’enquête mais aussi les points forts.»

 

En résumé, je vous recommande vivement ce roman pour la qualité de la narration et pour l'originalité de l'intrigue ; mais je ne pourrai toutefois clore cette chronique sans ajouter un remerciement que je me dois d'adresser à un lecteur de mon blog qui, en m'envoyant ce message, a attisé ma curiosité envers un auteur que je ne connaissais pas encore :

 

« Bonjour,

Je me permets de vous écrire pour vous signaler un roman inconnu : "Tortuga's Bank", qui m'a laissé sans voix, admiratif devant la qualité de l'écriture et du sens exceptionnel de l'intrigue. J'ai passé une nuit à le lire et la fin, certes brutale, m’a laissé KO. Pourvu que cet auteur continue, c'est remarquable.
Cordialement,
Eric »

 

Tout est dit. Maintenant, il ne vous reste plus qu’à le découvrir également.

 

Mais avant, je vous propose de découvrir l'auteur grâce à un questionnaire auquel il a bien voulu répondre de façon très complète et que je remercie.

 

 

Pouvez-vous vous présenter en quelques lignes ?

Je suis né à Lyon, second d’une famille de 4 enfants. Mon père, agrégé, très impliqué politiquement, fut adjoint au maire de Lyon pour les années 70 et 80. J'ai ainsi côtoyé certains personnages politiques marquant de cette époque.

Fréquents séjours en Allemagne, études à Berlin. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d’archéologie et de préhistoire, de peinture et de caricature (avec un maître Saul Steinberg) je suis élu et nommé adjoint au maire de Lyon à la fin des années 90. Scénario parental sans doute, car élevé dans la notion que simple maillon d'une chaine éternelle, nous participons tous à une construction humaine. J'ai finalement démissionné au bout de quelques années pour inadéquation totale… J'aime la tragédie classique, Racine, Shakespeare, la poésie, Hugo, Musset, la littérature, Yourcenar, Dostoïevski… La musique Beethoven, Monk, Davis, Cohen, le vin blanc de Condrieu, le St Estephe et… la pêche à la mouche ! Ah ! La pêche à la mouche, un alibi, déjà, pour être en osmose avec la nature.

 

Que vous apporte l’écriture ?

L'écriture m'apporte la découverte de moi-même, car on n'écrit jamais par hasard. Je suis venu à l'écriture sur le tard, sur un pari. Ma femme lassée de mes critiques sur tel ou tel roman, m’a mis un jour au défi d’en écrire un. Et moi, en bon mâle prétentieux, j’ai glissé la main dans le piège. Et là, quelle aventure ! Car je n'avais jamais écrit si ce n'est une thèse et quelques et rares publications scientifiques.

 

Quels sont, selon vous, les ingrédients indispensables pour écrire un bon roman policier ?

La recette du bon roman n'existe pas. Ce serait trop simple. Ce qui est important, pour moi, c'est de ne jamais oublier que le manuscrit sera lu par des hommes et des femmes, autres, mais si semblables à nous même, car si nous avons tous une destinée identique, universelle, la vie, nous la vivons cependant tous différemment.        
Alors si je parle de moi, je dois aussi parler de nous, de vous, dans un scénario mêlant  fiction et réalité… Je cherche des personnages, des situations, des mots signifiants, ceux qui déclenchent des images perdues, des rêves oubliés, des saveurs de madeleines. Mais Dieu que c'est difficile ! Que d’échecs, que de scories! J'essaie toujours d'être avare de mots pour laisser libre l'imagination du lecteur.

 

Comment construisez–vous vos personnages ?

J'invente des personnages à un instant de leur vie et je les abandonne un peu plus loin. L’avant et l’après m'échappent et je comprends bien que le lecteur puisse être, comme moi, frustré de cette ignorance. Mais c’est le jeu sans fin du mystère et de l’imagination.

Dans Tortuga's Bank, il y a les personnages principaux, Farel et Vauclin, et tous les autres.  On pourrait penser que ces deux personnages sont le centre du roman. En fait les personnages clefs sont trois femmes : la mère de Vauclin, Maud la compagne et Fournier le juge d'instruction. Toutes trois influencent ou ont influencé fortement les autres personnages et le cours de l'histoire.

Je commence en esquissant ces hommes et ces femmes, que je découvre dans leur psychologie et leur comportement au gré du développement du roman. Ils sont dans ma tête, omniprésents, jouant entre eux, déroulant parfois leur vie à mon insu, m'entrainant là ou je ne voulais pas aller et il faut bien reconnaitre qu'ils ont souvent raison même si je leur impose parfois des interlocuteurs qu'ils apprécient peu et des situations où ils doivent me maudire.…

Pour tous, je pioche dans mes souvenirs, mes rencontres, les romans, dans ce qui déclenche en moi une émotion.

 

Avez-vous un plan bien établi quand vous écrivez ou écrivez-vous au gré de l’inspiration ?

Je ne peux pas travailler avec un scénario organisé, pré écrit, chapitres après chapitres, ou je n'aurai qu'à remplir les cases, c'est une tache trop pesante qui enferme ma créativité. Un roman, comme nos vies, fonctionne, pour moi, dans l'affect. Et s'il y a un domaine non prévisible, c'est bien celui-là. Cependant comme je souhaite rester, quand même, maître de mon roman, j'écris toujours avant tout, le premier et le … dernier chapitre. Et le reste doit rentrer entre ces deux-là. Je sais comment finira l'histoire, cela m'évite de me retrouver dans une impasse.

 

Pouvez-vous me parler de vos romans précédents ?

Tortuga's Bank est le numéro 2 d'une trilogie. Le premier Farel est terminé également. J'y développe avec plus de détails chaque personnage. C'est une autre histoire, serial killer, en pleine campagne électorale sur fond de détournement d'argent et de crimes sordides. Un roman sur la vengeance, la culpabilité, le souvenir et l'amour perdu. Un roman très sombre.

Je pense que l'enquête policière n'est que l'alibi pour parler des problèmes sociétaux, de nos vies, de nos parcours individuels tortueux et difficiles…Je ne fais pas l'apologie du crime en parlant de meurtres,  l'apologie de l'ordre en parlant de dérives policières, pas plus que  Flaubert ne faisait pas l'apologie  de l'adultère en écrivant Madame Bovary. J'essaie de montrer la nature humaine, dans sa réalité, sans prendre parti pris. L'homme n'est pas manichéen, mais porteur du blanc et du noir et j'aime opposer la foi religieuse au crime sordide et montrer que le pire assassin peut aussi, malgré son acte épouvantable, être un bon père de famille.

 

Avez-vous un manuscrit en écriture ?

Oui le tome 3 : Capo Smortsen (nom provisoire),  la suite de Tortuga's, ou on découvrira qui est Lupus (que je connais puisque j'ai écrit le dernier chapitre, mais c'est secret. Souriez SVP).

 

 

Editions Jigal

245 pages

18 euros.

 

 

Prochaine chronique : « Le roman du parfum » de Pascal Marmet Editions du Rocher

 

"Tortuga's Bank" André Blanc
Commenter cet article

superapi 06/08/2013 17:22

Allons, Monsieur Blanc, avec un nom aussi connu que celui-là à Lyon, avec autant de détails divers, comment nous faire croire que "Toute ressemblance etc...etc... ne saurait être que coïncidence fortuite" ?A la limite entre le polar et l'espionnage, un livre qui se laisse lire avec plaisir..
Pourquoi faire gagner les méchants?

Superapi

André BLANC 06/08/2013 20:48

Pourquoi les méchants gagnent-ils ? Facile de répondre. Parce ce que je n'ai pas encore tout raconté sur les turpitudes politico-financières des princes de nos belles cités. Encore un ou deux tomes.

Collectif polar 12/05/2013 05:04

Ah, j'oubliais, merci aussi de m'avoir fait découvrir cet auteur autrement que car la lecture de son polar. Monsieur André Blanc j'aime votre façon d'aborder l'écriture.

collectif polar 10/05/2013 13:25

Une très belle chronique et une nouvelle fois je rejoins ton avis chère Marine.
Belle découverte que ce "Tortuga's Bank" d' André Blanc.

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