"Propagande Noire" Alexandre Malafaye et Georges Fenech
Francis Véry est un homme fini, ruiné. Bref récit d'une vie qui se brise en quelques lignes sous la plume des auteurs.
- Je… J’ai fait de grosses conneries… Nous sommes ruinés ! Mais… mais ce n’est pas de ma faute… C’est eux, tu comprends… EUX !!! Les survivalistes ! Ce sont des monstres ! Simultanément, il se hisse sur le rebord de la fenêtre.
Elle le voit faire mais il est trop tard. Son hurlement précède le cri de l’homme qui, à l’image du Christ en croix, écarte les bras avant de basculer dans le vide.
Trente mètres plus bas, de la vie ordinaire de Francis Véry, il ne reste qu’un amas de chairs et d’os brisés sur la dalle de béton, battu par une eau glacée qui emporte avec elle le sang du martyr et l’infamie de son geste.
Dans la poche de sa veste, la police retrouvera une lettre adressée à sa femme, le récit d’un naufrage et le nom des coupables.
Fête des Lumières, Lyon, le 8 décembre. Gaëlle Le Goff et son amie Blandine font la connaissance de Jack et Marie-Rose, membres d'une secte. Blandine remplit un questionnaire qui permettra, selon eux, de dresser son profil psychologique. Le rendez-vous est pris le lendemain pour les résultats.
Le juge Renan Le Goff est saisi de l’affaire du suicide de Francis Véry. Parallèlement, quand Blandine disparait sans laisser la moindre trace, Gaëlle contacte son père pour lui faire part de ses craintes : qu’elle n’ait été enlevée par les membres de la secte.
S’engagera alors un combat impitoyable entre le Juge et les gourous. Renan Le Goff est tout à fait conscient des risques qu’il encourt. Il sait qu’il devra se battre contre une organisation puissante qui a des ramifications dans toutes les strates de la Société y compris au sein de la sphère politique et que le pari sera très difficile à gagner.
Ils sont trois millions rien qu’aux Etats-Unis. Leurs églises sont implantées dans cent quatre-vingt pays et recrutent à tour de bras au sein des populations désorientées par les dérives mercantiles de la société post-industrielle, le règne de l’argent et l’effondrement des valeurs morales. En outre, la secte a réussi à convertir plusieurs acteurs célèbres qui se comportent comme des ambassadeurs.
Il sait également qu’il devra affronter la propagande noire : méthode mise au point par les adeptes pour se débarrasser de leurs adversaires. Mais qu’à cela ne tienne, cette mission correspond parfaitement à son tempérament et à sa réputation de « Juge de Fer ». Il est fermement décidé à ne rien lâcher et y mettra même un point d’honneur. Ce sera un défi à relever. Un combat qui se jouera toutefois à armes inégales. Intimidation, manipulation mentale, rumeurs, fabrication de fausses preuves y seront les maîtres mots.
C’est donc un homme seul qui devra se battre, d’autant que sa détermination et ses pratiques, parfois très directes ont pour effet de fortement déplaire à ceux qui l’entourent. Le juge sera dans la ligne de mire de sa hiérarchie et saura que le moindre faux pas pourra lui être fatal.
La menace était claire et Renan savait qu’il n’avait jamais été aussi isolé. Un faux pas et ce serait l’hallali. Rompu aux manigances de l’ombre qui étaient monnaie courante au sein de la magistrature, il n’ignorait pas les pressions hiérarchiques et politiques qui s’exerçaient sur les épaules du procureur, voire les chantages du genre : « Calmez votre juge, sinon, vous pouvez dire adieu à vos rêves de promotion parisienne… »
Qu’adviendra-t-il de cet homme ? Sera-t-il suffisamment pugnace pour faire face à toute cette pression ? Parviendra-t-il à ses fins ?
« Propagande Noire » est un thriller judiciaire qui a pour originalité d’avoir été écrit à quatre mains. Le résultat de cette écriture conjuguée : une immersion dans le quotidien d’un juge et son combat contre une organisation très puissante et une partie de fiction qui forment une alliance parfaite pour un thriller judiciaire où l’on ne décèle aucune invraisemblance et où seuls les auteurs seraient à même de démêler le vrai du faux. Un thriller où sont dénoncées les pratiques de ces sectes qui profitent de la crédulité d’hommes et de femmes et enrôlent à force de beaux discours, de promesses et d’illusions ceux et celles qui sont prêts à les écouter, persuadés qu’ils ne pourront qu’intégrer un monde meilleur en devenant des adeptes. Les gourous tirent parti des faiblesses ou du mal être des individus qui se retrouvent happés dans un engrenage dont il leur sera quasiment impossible de sortir.
« Propagande Noire » est un roman qui nous entraîne en plein cœur de la vie judiciaire et qui passionnera tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin aux affaires courantes de la Société et à la vie politique. Un roman agitateur de conscience qui ne peut laisser indifférent.
Une écriture qui sonne juste car, au-delà de la fiction, il s’avère que la plupart des méthodes des adeptes de la secte décrites dans cet ouvrage ne proviennent pas de l’imagination des auteurs ; Georges Fenech ayant été durant de nombreuses années Juge d’Instruction et, de surcroît, spécialiste reconnu de la lutte contre le phénomène sectaire.
Georges Fenech a instruit le procès lyonnais de l’Eglise de Scientologie en 1994. Il a présidé, en qualité de député, la commission d’enquête parlementaire sur l’influence des sectes sur les mineurs, puis la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires :
Réélu en juin 2012, député du Rhône, il est l’auteur de plusieurs ouvrages consacrés à la justice, la sécurité, la presse et le phénomène sectaire.
Alexandre Malafaye est écrivain. Il est l’auteur d’un essai sur la 6ème République. En 2008, il publie le premier tome d’une série de romans consacrés à la géopolitique (Jeux chinois, puis Roulettes russes en 2009 et L’homme de Washington en 2012). Il a également écrit un thriller : « Le Secret de Moïse » publié chez Plon en 2010. Parallèlement à son travail d’écriture, il est impliqué dans plusieurs think tanks et a créé Synopia au printemps 2012. Il se partage entre Paris et la Touraine.
Editions Kero
364 pages
19,90 euros
Prochaine chronique : « Tortuga's Bank » de André Blanc Editions Jigal
