Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

10 Nov

"Nymphéas noirs" de Michel Bussi

Publié par Les Polars de Marine

"Nymphéas noirs" de Michel Bussi

Trois femmes vivaient dans un village.
La première était méchante, la deuxième était menteuse, la troisième était égoïste.
Leur village portait un joli nom de jardin. Giverny.
La première habitait dans un grand moulin au bord d’un ruisseau, sur le chemin du Roy ; la deuxième occupait un appartement mansardé au-dessus de l’école, rue Blanche-Hoschedé-Monet ; la troisième vivait chez sa mère, une petite maison dont la peinture aux murs se décollait, rue du Château-d’Eau.
Elles n’avaient pas non plus le même âge. Pas du tout. La première avait plus de quatre-vingts ans et était veuve. La deuxième avait trente-six ans et n’avait jamais trompé son mari. Pour l’instant. La troisième avait onze ans bientôt et tous les garçons de son école voulaient d’elle pour amoureuse. La première s’habillait toujours de noir, la deuxième se maquillait pour son amant, la troisième tressait ses cheveux pour qu’ils volent au vent.
Vous avez compris. Toutes les trois étaient assez différentes. Elles possédaient pourtant un point commun, un secret, en quelque sorte : toutes les trois rêvaient de partir. Oui, de quitter Giverny, ce si fameux village dont le seul nom donne envie à une foule de gens de traverser le monde entier juste pour s’y promener quelques heures.
Vous savez bien pourquoi. A cause des peintres impressionnistes.
La première, la plus vieille, possédait un joli tableau, la deuxième s’intéressait beaucoup aux artistes, la troisième, la plus jeune, savait bien peindre. Très bien, même.
C’est étrange, vouloir quitter Giverny. Vous ne trouvez pas ? Toutes les trois pensaient que le village était une prison, un grand et beau jardin, mais grillagé. Comme le parc d’un asile ? Un trompe-l’œil. Un tableau dont il serait impossible de déborder du cadre. En réalité, la troisième, la plus jeune, cherchait un père. Ailleurs. La deuxième cherchait l’amour. La première, la plus vieille, savait des choses sur les deux autres.
Une fois pourtant, pendant treize jours, pendant treize jours seulement, les grilles du parc s’ouvrirent. Très précisément, du 13 mai au 25 mai 2010. Les grilles de Giverny se levèrent pour elles ! Pour elles seules, c’est ce qu’elles pensaient. Mais la règle était cruelle, une seule d’entre elles pouvait s’échapper. Les deux autres devaient mourir. C’était ainsi.
Ces treize jours défilèrent comme une parenthèse dans leur vie. Trop brève. Cruelle, aussi. Cette parenthèse s’ouvrit par un meurtre, le premier jour, et se termina par un autre, le dernier jour. Bizarrement, les policiers ne s’intéressèrent qu’à la deuxième femme, la plus belle ; la troisième, la plus innocente, dut enquêter toute seule. La première, la plus discrète, put tranquillement surveiller tout le monde. Et même tuer !
Cela dura treize jours. Le temps d’une évasion.
Trois femmes vivaient dans un village.
La troisième était la plus douée, la deuxième était la plus rusée, la première était la plus déterminée.
A votre avis, laquelle parvint à s’échapper ?
La troisième, la plus jeune, s’appelait Fanette Morelle ; la deuxième s’appelait Stéphanie Dupain ; la première, la plus vieille, c’était moi.

Un cadavre est découvert : celui de Jérôme Morval, ancien ophtalmologue, exerçant à Paris et résidant à Giverny.

Un mode opératoire surprenant et des détails troublants étonneront les inspecteurs Laurenç Sérénac et Silvio Bénavides, chargés de l’enquête. Il ne leur faudra pas longtemps pour découvrir que la victime collectionnait les conquêtes féminines, suite à la réception de diverses photos au verso desquelles se trouvent des séries de chiffres que les policiers ne parviendront pas à déchiffrer dans un premier temps.

Sur l’une d’entre elles, Jérôme Morval était en compagnie de Stéphanie Dupain, l’institutrice du village. Jeune, belle, énigmatique, envoûtante, l’inspecteur Laurenç Sérénac tombera immédiatement sous le charme de cette femme, mariée à un homme très jaloux qui, bien sûr, est le suspect idéal.

Parallèlement, le lecteur suivra la vie de Fanette, cette petite fille âgée de onze ans à peine et qui possède un don extraordinaire pour la peinture. Son rêve : peindre un nymphéa. Elle fait la connaissance d’un Américain : James, dont personne ne connaît le nom de famille mais qui, tout comme Fanette est passionné par la peinture. Ils passent des heures ensemble, il la conseille, la guide, la soutient, l’encourage. Fanette participe au concours de peinture qui est organisé, comme chaque année, par l’institutrice. Elle voit, en le gagnant, une chance inouïe de concrétiser son rêve : pouvoir suivre des cours de peinture dans une école à l’étranger.   

 

Giverny. Petit village où résident à peine 500 habitants. Un havre de paix où le peintre Claude Monet a résidé de 1883 à 1926, soit la moitié de sa vie. Il transformera le verger de sa propriété en un grand jardin floral. Amoureux de la nature, il transposera sur ses toiles son propre jardin, son étang, son pont et surtout ses nymphéas dont il commencera une longue série en 1902.  Ce sont plus de 250 toiles qui ont été réalisées par l’artiste ; le regard qu’il portait sur ses nymphéas étant chaque fois différent et lui procurant une source d’inspiration inépuisable.

 

"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi

A Giverny, chacun gère son quotidien sans trop se préoccuper de celui des autres. Un village où pourtant, tout se sait, tout se voit ; où les rumeurs se propagent telle une traînée de poudre.

 

La construction de ce roman, qui obéit à une logique bien particulière, m'a fait penser à celle d'une pièce de théâtre. L'enquête est menée en huis clos, les personnages sont peu nombreux et la narration est à la première personne par la première femme. Souvenez-vous : la plus vieille. Celle qui voit tout, sait tout,  et observe. Celle qui s’identifie à un fantôme, à une « souris noire ». Celle que l’on ne remarque pas tant elle se fond dans le paysage. La plus cruelle.

Elle glisse telle une ombre et distille lentement son venin en faisant ses révélations.

Au détour des lignes, le lecteur croisera aussi le chemin de "Aurélien" de Aragon.

 

"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi

 Un avion sans elle, du même auteur, aurait pu être un coup de cœur mais j’avais regretté d’avoir deviné la fin trop vite.

« Nymphéas noirs » sera, quant à lui, mon quatrième coup de cœur de l’année.

 

Pour l’émotion suscitée à la fin du roman et pour un dénouement final que rien ne laisse présager. Une fin totalement inattendue et des plus surprenantes.

Pour l’originalité de l’intrigue.

Pour l’amour de la peinture et l’admiration que l’on ne peut que ressentir à la vue de l’œuvre de Monet.

Pour le talent de l’auteur qui a merveilleusement bien su retranscrire l’ambiance de ce village et l’immersion dans la vie de ces personnages et, indirectement, dans celle de l’œuvre du peintre.

 

Ce roman s'est vu décerné de nombreux prix pendant l'année 2011 :

 

  • Prix des lecteurs du festival Polar de Cognac
  • Prix du polar méditerranéen (festival de Villeneuve-lez-Avignon)
  • Prix Michel Lebrun de la 25ème heure du Mans
  • Grand prix Gustave Flaubert de la Société des écrivains normands
  • Prix des lecteurs du festival Sang d'Encre de la ville de Vienne
  • Finaliste du prix mystère de la critique (3e), du prix du polar francophone de Montigny-les-Cormeilles (2ème), du prix marseillais du polar, du prix Polar de Cognac, du prix du roman populaire d’Elven, du prix Plume-Libre et enfin du prix plume de Cristal du festival policier de Liège.

 

Les différents avis de la presse

 

 

 

Pocket

493 pages

"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
"Nymphéas noirs" de Michel Bussi
Commenter cet article
P
J'ai tellement adoré ce roman que ses autres bouquins n'atteindront sans doute jamais une telle hauteur dans mon esprit ! <br /> Difficile de faire mieux, je trouve !
Répondre
L
Bonjour Philippe, nous sommes exactement du même avis. Je n'ai pas retrouvé dans ses autres romans une telle force et une telle puissance dans l'émotion et la surprise. Mais un chef d'oeuvre n'est-il pas unique ?...
C
Connaissez-vous le titre du livre dont on parle dans &quot;les nymphéas noirs&quot;, le polar raconté au travers des yeux d'un chat (si il existe..) ?<br /> merci d'avance
Répondre
M
Bonjour Christine,<br /> <br /> Ce livre est une pure fiction.<br /> Je vous souhaite une très bonne journée.<br /> <br /> Marine
C
Le prochain sur ma liste ! J'ai adoré &quot;un avion sans elle&quot; (comme tu l'as vu :)) et je vais définitivement lire celui-ci ainsi que &quot;ne lâche pas ma main&quot; ! Ton avis me donne encore plus envie d'attaquer rapidement !
Répondre
M
Excellent choix Caro. Une interview sera prochainement publiée sur cet auteur.<br /> Je te souhaite une excellente lecture.<br /> Au plaisir de te lire.
E
Je suis toujours sous le charme de ce roman ... impossible d'en deviner la fin ... si vous cherchez des idées de cadeaux pour Noël ... n'hésitez surtout pas à offrir ce livre ... !!!
Répondre
D
J'ai vraiment adoré ce roman pour cette fin bluffante et inattendue
Répondre
M
Je ne compte plus le nombre de romans policiers que j'ai déjà lus et en général, j'arrive toujours à pressentir la fin. Mais dans le cas présent j'ai trouvé vraiment extraordinaire de ne m'être doutée absolument de rien. Effectivement, bluffant ! Pour le plus grand bonheur du lecteur.

Archives

À propos

Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.