"La vérité sur l'affaire Harry Quebert" Joël Dicker
- Centrale de la police, quelle est votre urgence ?
- Allô ? mon nom est Deborah Cooper, j’habite à Side Creek Lane. Je crois que je viens de voir une jeune fille poursuivie par un homme dans la forêt.
- Que s’est-il passé exactement ?
- Je ne sais pas ! J’étais à la fenêtre, je regardais en direction des bois et là, j’ai vu cette jeune fille qui courait entre les arbres… Il y avait un homme derrière elle… Je crois qu’elle essayait de lui échapper.
- Où sont-ils à présent ?
- Je… Je ne les vois plus. Ils sont dans la forêt.
- Je vous envoie immédiatement une patrouille, Madame.
C’est par cet appel que débuta le fait divers qui secoua la ville d’Aurora, dans le New Hampshire. Ce jour-là, Nola Kellergan, quinze ans, une jeune fille de la région, disparut. On ne retrouva plus jamais sa trace.
Trente trois ans plus tard, l’écrivain Marcus Goldman vient de publier : « La vérité sur l’Affaire Harry Quebert », ouvrage à succès qui deviendra très rapidement un blockbuster.
Marcus est très ami avec Harry Quebert, lui-même écrivain de grande renommée qui :
« avait connu la consécration au milieu des années 1970, lorsque son second livre, Les Origines du Mal, s’était vendu à quinze millions d’exemplaires, lui valant le National Book Award, les deux prix littéraires les plus prestigieux du pays. »
Jusqu'au jour où :
Je me branchai immédiatement sur une chaîne d’information. A l’écran, je découvris, stupéfait, des images de la maison de Goose Cove et j’entendis le présentateur qui expliquait : C’est ici, dans sa maison d’Aurora, dans le New Hampshire, que l’écrivain Harry Quebert a été arrêté aujourd’hui après que la police a déterré des restes humains dans sa propriété. D’après les premiers éléments de l’enquête, il pourrait s’agir du corps de Nolla Kellergan, une jeune fille de la région qui avait disparu de son domicile en août 1975 à l’âge de quinze ans, sans que l’on ait jamais su ce qu’il en était advenu…
Dès lors, la nouvelle se répandra telle une traînée de poudre et la rumeur enflera sans que rien ne puisse être fait pour l’enrayer. Quant à la situation, elle sera suffisamment sérieuse pour être très inquiétante. Harry Quebert risque l’injection létale, le corps de la jeune fille ayant été retrouvé dans sa propriété enterré avec le manuscrit des Origines du mal. Mais Marcus ne pouvant se résoudre à croire en la culpabilité d’Harry, il mettra tout en œuvre pour le sauver en prouvant son innocence au nom de leur amitié ; estimant avoir une dette envers Harry. Il lui est redevable de ce qu’il est devenu.
J’aimerais vous apprendre l’écriture, Marcus, non pas pour que vous sachiez écrire, mais pour que vous deveniez écrivain. Parce qu’écrire des livres, ce n’est pas rien : tout le monde sait écrire, mais tout le monde n’est pas écrivain.
- Et comment sait-on que l’on est écrivain, Harry ?
- Personne ne sait qu’il est écrivain. Ce sont les autres qui le disent.
Ce roman est l’histoire d’une profonde amitié envers deux hommes et aussi celle d’une passion : un amour interdit entre un homme de trente quatre ans et une jeune fille de 15 ans. Harry et Nola s’aimaient plus que tout mais la différence d’âge interdisait à Harry d’envisager le moindre avenir avec cette jeune fille.
Et c’est principalement là que réside l’originalité de cet ouvrage où un écrivain à succès prodigue des conseils à un jeune auteur qui lui permettront de publier un best seller. Joël Dicker aurait-il pu imaginer un seul instant être récompensé du prix de l’Académie Française doublé du Prix Goncourt des Lycéens avec ce roman ?
Bernard Pivot dira de ce récit :
"Si vous mettez le nez dans ce gros roman, vous êtes fichu. Vous ne pourrez pas vous empêcher de courir jusqu’à la six centième page. Vous serez manipulé, dérouté, sidéré, agacé, passionné par une histoire aux multiples rebondissements, fausses pistes et coups de théâtre."
Alors, oui :
le suspens est bien présent mais un suspens en pointillés. Ce récit étant ce que l’on a pour habitude d’appeler un « pavé » (600 pages en broché et 855 pages en poche) a la faiblesse d’engendrer des longueurs, des répétitions de phrases et parfois même de morceaux de textes.
De multiples rebondissements, des fausses pistes et des coups de théâtre : effectivement, l’auteur réussit parfaitement à tromper son lecteur et ce, principalement dans les toutes dernières pages alors que l’on pouvait penser l’enquête bouclée.
On notera également une propension à quelques notes d’humour et aussi un roman d’une grande maturité, surtout dans l’analyse des rapports humains et de la Société Américaine.
Mais, …
Beaucoup de clichés, une écriture assez plate et sans effets de style, des dialogues aussi évolués que dans un Musso ou un Lévy et le récit d’une histoire d’amour platonique que l’on pourrait classer dans la catégorie des romans à l’eau de rose.
Vous essayez de me parler d'amour, Marcus, mais l'amour, c'est compliqué. L'amour, c'est très compliqué. C'est à la fois la plus extraordinaire et la pire chose qui puisse arriver. Vous le découvrirez un jour. L'amour, ça peut faire très mal. Vous ne devez pas pour autant avoir peur de tomber, et surtout pas de tomber amoureux, car l'amour, c'est aussi très beau, mais comme tout ce qui est beau, ça vous éblouit et ça vous fait mal aux yeux. C'est pour ça que souvent, on pleure après.
Ah oui…
- Que se passe-t-il, ma chérie?
- Oh, Papa, je suis si triste…
- Pourquoi?
- C’est à cause de Maman…
- Ne dis pas ça…
[…] Blanc…
Ma Nola, Nola chérie, Nola d’amour. Qu’as-tu fait ? Pourquoi vouloir mourir ? Est-ce à cause de moi ? Je t’aime, je t’aime plus que tout. Ne me quitte pas. Si tu meurs, je meurs. Tout ce qui importe dans ma vie, Nola, c’est toi. Quatre lettres : N-O-L-A.
[…] Re-blanc…
Fort heureusement,
Lorsque vous arrivez en fin de livre, Marcus, offrez à votre lecteur un rebondissement de dernière minute.
- Pourquoi ?
- Pourquoi ? Mais parce qu’il faut garder le lecteur en haleine jusqu’au bout. C’est comme quant vous jouez aux cartes : vous devez garder quelques atouts pour la fin.
Certes, la chute finale est surprenante. Mais, de mon point de vue, pas suffisamment toutefois pour relever ce très long récit et le classer dans les romans à recommander.
Enfin, dans une des nombreuses interviews que Joël Dicker a accordé, à la question suivante :
« Vous avez écrit un livre qui fait fureur, un vrai pavé de 660 pages que l’on dévore, avez-vous été surpris par son succès et par les réactions enthousiastes du public ? »,
il répondait :
« J’en suis très heureux, d’autant que j’ai eu des moments de doute, je me suis demandé si les lecteurs accrocheraient, s’ils ne se lasseraient pas au bout de quelques pages, s’ils iraient jusqu’au bout ».
Au moins, il était lucide quant à la qualité de son ouvrage.
Quant à moi, je conclurai cette chronique en me demandant quels sont les critères retenus par le Jury de l’Académie Française qui a décerné ce prix il y a deux ans.
De Fallois Poche
9,20 €
855 pages
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