"Sujet 375" Nikki Owen
Maria est internée. Accusée d’avoir assassiné le Père O’Donnell et reconnue coupable de meurtre au premier degré.
« Mon nom est docteur Maria Martinez Villanueva et je suis – j’étais – chirurgien esthétique. J’ai trente-trois ans. Lieu de naissance : Salamanque, Espagne. » Je marque une pause, déglutis. « Et j’ai été jugée coupable du meurtre d’un prêtre catholique.
[…]
- Et qui avez-vous été jugée coupable d’avoir tué ?
Mes yeux restent rivés sur mes mains, la chair, la peau, les os. Tout cela est réel. Concret, visible. « Le prêtre, dis-je au bout de quelques secondes. J’ai été jugée coupable du meurtre du prêtre. Il a été poignardé… » Un long soupir. « Attaché dans le couvent, son corps placé en forme d’étoile sur l’autel, un crucifix retourné. « Il y avait beaucoup de sang. Le sien, pour la plupart. » Je m’interromps, déglutis, essaie d’écarter l’image. « Mais aussi le mien.»
Maria est une femme dont les souvenirs semblent s’être effacés et qui semble lentement glisser sur le chemin de la folie. L’internement lui pèse. Douleur sourde et lancinante. Intense. Ces souvenirs qui semblent s’être égrenés, elle va devoir les reconstituer. Un par un. Remonter le fil de la mémoire. Mais ces brides de souvenirs la hantent et elle se sent désespérée. Un travail de reconstitution qui sera effectué avec l’aide de thérapeutes. Travail très douloureux tant elle semble complètement désorientée et cette mémoire oubliée qu’elle devra reconstituer morceau par morceau, tel un puzzle éclaté dont il faudra patiemment emboîter les pièces les unes aux autres, une par une, se révèle être un véritable supplice. Et ce, d’autant plus qu'elle souffre du syndrome d’Asperger qui a tendance à la déconnecter de la réalité et l’enfermer dans un tourbillon de folie. La prison sera donc physique et psychologique.
Un cerveau électrique, dansant aux limites de la folie.
Le syndrome d’Asperger est un trouble neurologique du spectre autistique qui touche le cerveau et affecte entre 350.000 et 600.000 personnes dans le monde. Il en résulte une perception différente de la vie et du monde ainsi que des anomalies dans les interactions entre personnes. Difficultés de communication, de coordination des mouvements et de la situation dans l’espace-temps. Il pourra être, à tort, assimilé à la schizophrénie et le diagnostic est très difficile à établir précisément. Il ne pourra être confirmé qu’après un suivi régulier du patient dans son analyse comportementale. Aucun traitement ne permet pour le moment de le guérir mais on peut le soulager en protégeant la personne affectée en réduisant, par exemple, la prolifération d’informations tout en faisant très attention toutefois à ne pas l’isoler. Son anxiété s’en verra alors réduite et lui permettra de diminuer son stress, son angoisse et évitera également des dépressions ou des violences possibles, tant envers elle que vis-à-vis de son entourage. Il est touefois à noter que les patients atteints de cette maladie présentent un QI très élevé, une très grande culture générale et souvent un intérêt très spécifique dans un des domaines dans lequel ils excellent.
Le lecteur ne pourra donc, dans un premier temps, qu'éprouver une très forte empathie vis-à-vis de cette femme qui se bat et essaie de recouvrer sa mémoire.
Mais simultanément, Maria est persuadée de découvrir des faits importants et aura l’impression que le personnel soignant s’accorde à tout mettre en œuvre pour semer le doute dans son esprit. Le récit prendra alors une autre tournure et de nombreuses questions se poseront. Est-elle, de part sa maladie, victime d’un syndrome de persécution ? Ou bien, au contraire, voit-elle juste dans le « jeu » du corps médical et est-elle en danger ? Paranoïa ? Réalité ? Fiction ? Les frontières sont si minces et le doute l’assaille en permanence. Elle ne sait pas à qui se fier. Qui sont ses amis ? Ses ennemis ? Elle tentera de faire tomber les masques mais le combat sera très difficile.
Dans un premier temps, on remarquera que l’auteur ne donne pas de prénoms au personnel médical : « l’homme », « la femme », « gardienne n°1 », « gardienne n°2 ». Détachement ? Indifférence ? Ou volonté de ne pas se focaliser sur les personnes qu’elle côtoie désormais au quotidien afin de se concentrer sur ce qui lui fait actuellement défaut : sa mémoire. Et pourtant, les noms et prénoms, Maria s’en souvient. Et même très bien. Une personnalité en réalité très complexe et bien difficile à cerner.
Le style haché et décousu pourra surprendre mais il se veut à l’image des pensées de Maria. Saccadées.
Ce roman de Nikki Owen est un récit diaboliquement pensé et très addictif. Ecrit à la manière d'un scénario. Les droits viennent d'ailleurs d'être achetés par NBC/Universal (Dr House, Bates Motel,..) pour une adaptation en série télévisée.
Elle entraîne son lecteur avec brio dans une histoire fascinante à travers les méandres de l’esprit et dans le sillage de la folie.
Une tension qui montera en puissance au fil des lignes et atteindra son paroxysme dans les dernières pages via une construction croisée ayant pour effet de décupler le mystère et de maintenir l’attention du lecteur qui aurait pu avoir tendance à diminuer, certains passages souffrant parfois de quelques légères longueurs.
Il n'en reste pas moins que "Sujet 375" (un titre version Française dont l'explication se trouvera dans la dernière partie du récit et qui n'a rien à voir avec le titre originel : "The spider in the corner of the room" mais qui peut aussi très bien correspondre) est un excellent thriller psychologique que je recommande vivement à tout amateur du genre.
A découvrir.
Super 8 Editions
420 pages – Broché
Traduit de l'anglais par Cindy Kapen
20 €
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_da4673_viepratique-sante-20101005151207-3429.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_df6f3d_selcuk.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_57a3ab_images-1.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_ed93e4_images.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_e9ecec_le-syndrome-d-asperger-mieux-le-connai.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_dafb1a_chiffres-lettres.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_f39666_sticker-toile-d-araignee.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_b29217_sujet-375-2577748.jpg)
/image%2F0557871%2F20151121%2Fob_353297_12274760-976764692345956-7409364796737.jpg)