"Chambre 507" J.C. Hutchins et Jordan Weisman
Il a soulevé le dossier et me l’a tendu. La chemise oscillait dans sa main, frêle esquif balloté sur un océan de paperasses.
- Martin Grace. Transféré de la maison d’arrêt la nuit dernière. Il doit passer au tribunal dans moins d’une semaine. Il s’agit d’un procès pour meurtre, voyez-vous, et ce monsieur est la cible de l’accusation. Il est aussi le suspect principal dans onze autres décès. Vous allez faire connaissance avec le patient et déterminer dans les jours à venir s’il est psychologiquement apte à comparaître. Considérez que ce sera un bonus s’il avoue avoir consciemment et volontairement tué Tanya Gold et les autres, et mériter la prison… ou tout autre châtiment légal. J’attends de lire vos conclusions à la même heure la semaine prochaine.
J’ai senti mes lèvres bouger et entendu ma voix avant même de savoir ce que je disais.
- Et s’il est innocent ?
Le front de Peterson s’est plissé tandis que ses sourcils grisonnants remontaient au-dessus de ses lunettes. Il a tourné la tête dans la pénombre pour promener son regard sur les murs. Son sourire n’a pas vacillé.
- Zachary. Il ne serait pas ici s’il était innocent.
Pris d’une légère nausée, j’ai accepté la chemise cartonnée. Cette chose était froide dans ma main.
L’expression de Peterson s’est subitement éclairée et c’est d’une voix indifférente, voire dédaigneuse, qu’il a repris la parole.
- Je vous suggère de prendre la matinée pour vous familiariser avec le dossier. Vous irez voir vos autres patients après le déjeuner, mais sans vous attarder. Ensuite, présentez-vous à M. Grace. Vous laisserez les pinceaux et les crayons dans votre bureau, si vous voulez bien.
- Pourquoi ?
- Parce que Martin Grace est aveugle.
Douze meurtres. Aucunes preuves. Un alibi solide pour chacun de ces assassinats. Mais autant de prémonitions. Martin Grace a chaque fois annoncé la mort imminente des victimes. Et subitement, lorsqu’il perd la vue, les meurtres s’arrêtent du jour au lendemain.
Un « jeu » de rôles entre les deux protagonistes qui n’est pas sans faire penser à la relation qui s’instaure entre Clarice Starling et Hannibal Lecter dans le très célèbre « Silence des agneaux ». Un « jeu » machiavélique où Zach devra creuser pour découvrir et comprendre qui est cet homme redoutable à qui il a affaire mais où lui-même fera des découvertes concernant son passé dont une partie lui a été occulté par son père. Ce même père, procureur du district et chargé du dossier, et directement en conflit d’intérêt concernant cette affaire.
Je ne saurais insister suffisamment sur notre volonté de faire condamner M. Grace, a déclaré le procureur de district William W. Taylor. Il n’est pas question que nous laissions un tueur en série arpenter librement les rues. Cet homme est peut-être aveugle, ou peut-être pas. Mais, quoi qu’il en soit, il est coupable et je veillerai personnellement à ce qu’il reçoive le châtiment maximal prévu par la loi – à savoir la peine de mort, si le jury le permet et si le moratoire est levé .
Zach devra donc affronter ses propres démons et vaincre ses peurs afin de mener à bien cette enquête assez particulière.
Angoissant ? Terrifiant ? Inquiétant ?
Aucunement, le style adopté par les deux auteurs, résolument jeune et bon enfant ayant pour effet de conférer une ambiance assez particulière qui règne dans cet hôpital psychiatrique et qui aurait pu être très noire.
« Chambre 507 » est un ouvrage que je qualifierai d’assez atypique mais qui ne m'a malheureusement pas convaincue. J'ai regretté que l'analyse psychologique des personnages ne soit pas plus fouillée et l'utilisation des très nombreuses onomatopées m'ont donné l'impression de parfois lire une bande dessinée. En conclusion, un mélange des genres qui peut plaire, un récit qui se laisse lire très facilement et assez addictif mais qui n'est, de mon point de vue personnel, qu'un bon divertissement.
D'autres avis de blogueurs ici :
La chronique de Marnie sur Blue Moon
Super 8 Editions
20 €
416 pages
Traduit de l’anglais par Valérie Le Plouhinec
