"La traque" Roderick Thorp
« Boudreau, rappelez-moi sur le fixe le plus vite possible. On a besoin de vous. »
Puis, quelques minutes plus tard, au téléphone :
« On a trouvé un cadavre dans la Green. Peut-être une de vos petites. Allez jeter un coup d’œil, OK ? »
D’accord, mais pourquoi se presser ? Personne ne prêtait jamais attention à ses petites de leur vivant, et d’habitude, on ne faisait appel à lui que quand elles se retrouvaient sur une table en acier inoxydable, affublées de l’étiquette « Non identifiée ».
[…]
« Boudreau, lança-t-il en jetant un coup d’œil aux autres. Regardez-moi ça et dites moi si vous la connaissez. Allez-y mollo. Vous ne voyez pas beaucoup de cadavres, aux mœurs, surtout dans un état pareil. Elle a passé un bout de temps à mariner. »
[…]
« Je la connais, affirma-t-il sans hésiter. Elle se faisait appeler Hot Lily… Toutes les zonardes font ça. J’ai son vrai nom dans mon dossier de pseudos.
Boudreau connaissait le coupable. Ca ne faisait aucun doute. Dès qu’il aurait photocopié le dossier de pseudos et envoyé le double, il ressortirait tout ce qu’il avait sur ce type en remontant jusqu’à… jusqu’à quand ? Deux ans et quelques ?
Il s’en souvenait parfaitement. Et tout ce qu’il avait partirait au plus vite pour le bureau de Ron Beale.
Garret Richard Lockman.
Un corps, puis deux, puis trois,…
Pour Lockman, la mort est un jeu. La vie n’est rien et c’est avec un plaisir effroyable qu’il tue ses victimes.
Boudreau a des présomptions quant à la culpabilité de cet homme mais aucunes preuves et ne parvient à convaincre ses collègues. De plus, excédé par le comportement de sa hiérarchie, il est mis à l’écart de cette enquête. Mais le nombre des victimes continue d’augmenter. Il prend donc la décision de faire cavalier seul.
Boudreau connait parfaitement Lockman. Il sait combien il est fourbe, manipulateur et particulièrement dangereux. Sa ruse pour approcher ses « proies » : endosser la fausse identité d’un agent du F.B.I. infiltré.
Une immersion totale dans les réseaux de prostitution de Seattle et une tâche d’autant plus compliquée que Lockman n’agit pas seul mais avec son complice Martin Jones avec lequel il entretient un rapport de forces.
Si ce qu’il tente ne marche pas, il laisse tomber et il passe à autre chose. C’est tellement évident qu’on dirait presque une sorte de charmante naïveté. Il fait comme si vous le dominiez, alors que c’est clairement l’inverse qui se produit dès que vous lui laissez la moindre marge de manœuvre.
Ce n’est pas tant la cruauté physique qui est prépondérante dans ce récit mais plutôt la folie et la manipulation mentale du protagoniste qui cherche, en dominant, à avoir cet ascendant sur ses victimes mais également sur son complice. Il peut ainsi assouvir ses fantasmes les plus cruels. Contrôle, domination et pouvoir sont donc les maîtres mots de ce récit publié en 1997 aux Etats-Unis et traduit 17 ans plus tard en Français.
Un récit qui n'est en rien un thriller mais qui s'apparente plutôt une enquête d’investigation où l'auteur a tenté de coller au mieux à la réalité en recréant la traque d'un homme qui aura duré plus de dix ans, les policiers ne disposant d'aucunes preuves contre cet homme qui a réellement existé. Roderick Thorp (1936-1999) s'étant en effet inspiré du tueur de la Green River qui a fait près de cinquante victimes dans les années 1980. L’étude psychologique des personnages est, quant à elle, assez fouillée et complète. Une enquête très linéraire et une narration assez lente mais un final surprenant. Le tout desservi par une bonne traduction.
Editions Sonatine
22 €
613 pages
Traduit de l’anglais par Michelle Charrier
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