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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.

24 Sep

"Violence d'Etat" André Blanc

Publié par Les Polars de Marine

Le Traqueur reçoit un ultime appel de son fils qui lui affirme s’être rangé.

Et pourtant…

 


- Qu’est-ce que nous, police judiciaire, on vient faire sur un accident de la route ?
- Les pompiers ont trouvé dans l’amas de voitures calcinées, un cercueil sans macchabée ni fleurs, mais plein, sans doute, de coke et d’armes. Je n’en sais pas plus. L’OPJ a demandé l’Identité judiciaire, rendu compte au substitut de permanence, qui nous a aussitôt saisis.
[…]
- D’après ce que nous savons, il y aurait sept véhicules encastrés, un scénario classique d’accident : le premier, un véhicule de tourisme, percuté par une bétonnière qui s’est mise en travers, obstruant les deux voies. Un fourgon, ce que nous pensons être un véhicule funéraire, est venu derrière, suivi de la citerne semi-remorque, qui s’est rompue, inondant tout de gasoil, et tout s’est embrasé. Trois autres véhicules qui n’ont pas pu freiner à temps se sont engouffrés dans l’amas de ferraille en feu. Dans ce dernier, le conducteur a pu s’extraire à temps.
[…]
- Une idée du nombre de victimes ?
- Pas encore, mais sept véhicules donc minimum, sept victimes théoriques. Moins le conducteur du dernier et plus les quatre du corbillard, donc dix. Peut-être qu’on en découvrira d’autres. La question sera de savoir ce que faisait la citerne à cet endroit, juste avant l’entrée du tunnel, alors que l’accès lui en est interdit.
[…]
- Ce n’est pas fini, commandant. A proximité des quatre corps calcinés, dans le fouillis métallique et les cendres, quatre pistolets et un fusil ou ce qu’il en reste. Ces quatre types étaient lourdement armés. Ce n’était pas des croque-morts ordinaires. Voilà pourquoi on vous a appelés.

Le commandant Farel et son équipier le capitaine Lucchini sont appelés sur les lieux et chargés de l’enquête. Ils savent donc qu’ils n’ont pas affaire à une enquête classique. Mais une enquête au cours de laquelle des personnages souvent très haut placés vont "sortir du bois", des personnages pour le moins inattendus et qui semblent tirer les ficelles dans le plus grand des secrets. 

 

 

"Violence d'Etat" est un roman à n'aborder, ni comme un roman à suspens, ni comme un page-turner, au risque d’être déçu. Mais un roman à ouvrir en connaissance de cause.

Ce dernier ouvrage d’André Blanc est bien plus qu’un roman policier. C’est un roman qui vous laissera une empreinte tant vous serez touchés par l’émotion, présente dès les premières pages, par le style, très littéraire – voire poétique - et remarquablement travaillé, par la précision dans l’étude des personnages. Puissants, profonds, charismatiques, surtout le commandant Farel, héros récurrent de l’auteur. Ce « soldat aux yeux d’enfant » comme l’aime à le qualifier son épouse Maud.

Maud, qui revient doucement à elle après le terrible accident dont elle a été victime dans « Farel », le second ouvrage de l’auteur.

Maud qui a perdu la mémoire. 

Dès que je ferme les yeux, les images reviennent et m’assaillent violemment ; le vacarme des détonations, la silhouette d’un homme qui bascule, l’étonnement dans ses yeux, les balles ricochant sur les tôles, les douilles qui s’éjectent de mon arme et tintent sur le sol. Machinalement, je les compte. Je tire sur l’autre homme qui vacille, manque de tomber te me vise.
L’odeur de poudre brûlée et le feu éclatent dans mon corps. Le sang coule dans mon cou et le poignard de la douleur me cloue sur la terre… Mon souffle se fait rare, le silence m’écrase, mon cœur palpite et trébuche et je frissonne… Dieu qu’il fait froid ! J’essaie de parler à l’ombre qui se penche sur moi, l’air joue avec mes cheveux et la rumeur des vivants s’éteint doucement, tandis que je m’envole…
C’était donc ça, ma vie, avant…
Je la refuse, quitte à ne plus fermer les yeux et devoir rester à jamais éveillée.
Mais heureusement, je ne suis pas seul, mes cachets sont ma vie, mon lit est mon refuge et ma prison, ma souffrance est mon désert.
Et je sais que je m’appelle Maud, puisqu’ils me l’ont tous dit…

Et puis il y a aussi ce rêve, inquiétant et troublant qu’ont fait Maud et Farel. Ce rêve qui les intrigue, qu’ils ne comprennent pas. Celui que Maud a fait alors qu’elle était en soins intensifs, au moment même où Farel recevait une balle à Berlin (Tortugas’Bank).

La vision d’un enfant au même moment, à mille kilomètres de distance.

Qui est cet enfant ?

Quelle est la signification de ce rêve ? 

 

 

 

Face à la profusion d’ouvrages de littérature policière, il est souvent bien difficile de faire un choix dans les rayonnages de nos librairies. Thrillers, romans noirs, romans à suspense, le choix est très large.

Je ne peux, en tant que blogueuse, que vous livrer mes ressentis de lectures. Tout en sachant, bien sûr, que tout avis, quel qu’il soit, reste très subjectif. J’essaie donc d’argumenter au mieux pour quelles raisons j’ai aimé ou non un ouvrage. Dans le cas présent, je ne saurai que trop vous conseiller de ne pas trop se fier, ni à une 4 de couv trop élogieuse qui n’est, la plupart du temps, pas le reflet du roman, ni à une couverture trop attrayante. Mais plutôt de savoir parfois faire preuve de patience en allant « fouiner » dans les rayonnages et dénicher des romans qui ne font pas forcément le « buzz » sur la toile mais qui n'en sont pas moins bons pour autant. Bien au contraire.

André Blanc fait partie de ces auteurs qu’il faut lire : pour la qualité de son écriture, pour l’émotion qu’il sait faire partager à travers ses lignes, pour l’originalité de ses récits et surtout, dans le cas présent, pour une fin, totalement inattendue et remarquable.

Une fin qui fera réfléchir sur ce que peut engendrer la nature humaine. De pire. Ou de meilleur...

Un auteur qui sait retranscrire des scènes, des impressions, des sentiments avec délicatesse mais qui, parallèlement, sait également écrire "à double tranchant". Une écriture double dans le cas présent, sans concession dans certaines scènes, en totale opposition avec la sensibilité de certaines lignes.  

 

Une précision : pour apprécier à sa juste valeur ce roman, il faut savoir qu’il fait partie d’une trilogie : « Farel », « Tortuga’s Bank » et « Violence d’état ». Je vous conseille donc vivement de les lire à la suite afin de mieux pouvoir apprécier les récits et de comprendre certaines références. Ils sont à recommander tous les trois mais « Violence d’état » est incontestablement le plus abouti.

Une enquête politico-policière où les masques vont tomber et les voiles se soulever.

 

"Farel"

"Tortuga's Bank"

Quand André Blanc parle de lui :

 

"Je suis né à Lyon. Mon père, agrégé, très impliqué politiquement, fut adjoint au maire de Lyon pour les années 70 et 80. J'ai ainsi côtoyé certains personnages politiques marquant de cette époque.

Fréquents séjours en Allemagne, études à Berlin. Docteur en chirurgie dentaire, passionné d’archéologie et de préhistoire, de peinture et de caricature (avec un maître Saul Steinberg) je suis élu et nommé adjoint au maire de Lyon à la fin des années 90. Scénario parental sans doute, car élevé dans la notion que simple maillon d'une chaine éternelle, nous participons tous à une construction humaine. J'ai finalement démissionné au bout de quelques années pour inadéquation totale… J'aime la tragédie classique, Racine, Shakespeare, la poésie, Hugo, Musset, la littérature, Yourcenar, Dostoïevski… La musique Beethoven, Monk, Davis, Cohen, le vin blanc de Condrieu, le St Estephe et… la pêche à la mouche ! Ah ! La pêche à la mouche, un alibi, déjà, pour être en osmose avec la nature".

 

Il aime la musique, oui, cela se ressent dans ses ouvrages. Je l'ai souligné lors de mes deux précédentes chroniques.

Il aime la poésie, oui. Pour ne prendre qu'un exemple, il suffit de lire ces quelques lignes (parmi tant d'autres) pour en être convaincu. 

 

Le capitaine Lucchini regardait la pluie glisser sur le pare-brise. Au goulet de Lyon, pensa-t-il, le vent catabatique s’engouffrant dans la vallée du Rhône se renforcerait au fil de la nuit, pour souffler un mistral de folie, au petit matin, dans un ciel limpide, là-bas en bas sur la Bonne Mère, l’Estaque et ailleurs aussi. Il ferait moutonner la mer, s’enfoncer dans les profondeurs les muges et les oblades, et aux terrasses des cafés, frissonner les cacous à moitié endormis.

"Violence d'Etat" André Blanc
"Violence d'Etat" André Blanc
"Violence d'Etat" André Blanc
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L
Je ne connais pas du tout, mais je suis assez tentée grâce à votre billet. Merci pour Schubert/Fisher-Dieskau/Moore :-)
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L
André Blanc est vraiment un auteur à découvrir.
N'hésitez pas à me donner votre avis qd vous l'aurez lu

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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures.