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Férue de littérature policière, mes goûts sont très éclectiques : romans noirs, romans à suspense, thrillers, thrillers psychologiques ou polars. Face à la profusion d'ouvrages de littérature policière, il est parfois bien difficile de faire son choix. Je vous donne donc mon avis quant à mes lectures. Vous pouvez me suivre sur mon compte twitter ou sur mon compte gmail : Marine Reigner

08 Oct

"Le sang du monstre" - Ali Land -

Publié par Les Polars de Marine

Annie, jeune adolescente de quinze ans, vient de dénoncer sa mère, une tueuse en série. Elle commence une nouvelle vie – où plutôt, tente de commencer une nouvelle vie – au sein d’une famille d’accueil. Pour ce faire, elle a changé d’identité et personne, exception faite de Mike et Saskia, ses parents d’adoption, ne savent qui elle est ni d’où elle vient.  Mike est psychologue et va tenter de soigner les nombreux traumatismes qu’elle a subis.

Tout irait donc plutôt bien si le couple n’avait pas une fille : Phoebe qui prend immédiatement en grippe la nouvelle venue. La tension va très rapidement s’installer entre les deux adolescentes.

Le couple ayant pour habitude d’héberger des jeunes filles en tant que famille d’accueil, Phoebe ne se pose pas de questions quant à la présence d’Annie chez elle.

 

Toutes les pensées d’Annie – alias Milly – vont vers sa mère. Son souvenir est omniprésent et pas un instant ne se passe sans qu’elle ne songe à son passé.

Le lecteur assistera à la « renaissance » d’une jeune fille qui a, jusqu'à présent, vécu dans l’ombre de sa mère, qui va chercher à s’affirmer, à montrer et démontrer au monde qu’elle est capable d’exister par elle-même. 

 

"Le sang du monstre" - Ali Land -
"Le sang du monstre" - Ali Land -

Je peux le faire, je peux y arriver. Même si tu n’es plus là.

Les relations entre Phoebe et sa mère sont, quant à elles, très particulières et Milly s’étonne du laxisme de Saskia. C’est Phoebe qui « mène la danse » pendant que Saskia s’enfonce dans l’alcool et la mélancolie. Elle ne s’oppose pas à sa fille, la laisse dominer et préfère tout lui passer afin d’éviter le conflit. Inévitablement, le caractère de Phoebe devient de plus en plus difficile et ce, même dans ses relations au lycée. Une véritable « peste ».

 

Les relations mère/fille sont souvent bien complexes. Certaines filles essaient de se détacher au moment de l’adolescence afin de se créer leur propre identité et rejettent tout en bloc, d’autres la prennent comme modèle et cherchent à s’identifier en voulant leur ressembler en toutes parts tant elles sont admiratrices. Elles en font leur modèle et l’idéalisent. Milly, elle, éprouve bien des difficultés à quitter l’image obsédante de cette mère pourtant cruelle et qualifiée de monstre. Elle ne parviendra pas, dans un premier temps, à éprouver une quelconque haine et restera témoin passif de ses actes. Mais elle ne jugera pas. Sa mère est et reste sa mère. Et ce, quelle que soit la gravité des atrocités qu’elle a pu commettre. Elle va devoir donc lutter contre ce processus d’identification.

Mais parallèlement, elle est aussi empreinte de ce sentiment de culpabilité qui la ronge et la taraude. 

C’est ta voix que j’entends. Comment peut-on faire ça ? Comment peut-on dénoncer sa propre mère ? Je ne réponds pas, je ne sais pas quoi dire, ni même quoi penser.

"Le sang du monstre" - Ali Land -
"Le sang du monstre" - Ali Land -

Sentiments contradictoires. Milly se prépare – où plutôt tente de se préparer – à cet affrontement qui s’apparentera à un duel. Un procès qui sera une arme à double tranchant. Expérience cathartique ou au contraire dévastatrice ?

Elle veut et en même temps redoute tant ce qu’elle va devoir faire. 

Nous avons décidé que si tu étais convoquée, tu pourrais témoigner en personne.
Pourtant, ce n’était pas de la satisfaction que je ressens, c’est plutôt comme si une fosse venait de s’ouvrir sur moi. Un endroit vide et solitaire. Plus personne ne peut m’aider à présent.

Fille contre mère. Mère contre fille. C’est une entrée dans l’arène dont l’une ou l’autre seulement sortira victorieuse.

 

 

Les rapports humains sont, tout au long de ce récit, parfaitement analysés. Le lecteur entrera dans l’esprit de Milly qui va, plus que tout, chercher à se créer sa propre identité mais qui, dans un premier temps, se trouve encore sous la coupe de cette mère avec qui elle a grandi. Cette mère qui l’a construite et formatée.

 

La problématique essentielle de ce roman est donc la quête de l’identité. Comment un enfant se construit-il ? Quelle influence jouent réellement les parents et l'entourage dans le développement de l'enfant ?

Simultanément, l'auteure décrit parfaitement les travers de l'adolescence : jalousies, railleries, moqueries, amitiés qui se font et se défont, joies et peines,... Rien de ce qui fait le quotidien des jeunes n'est omis.  

 

« Le sang du monstre » est un roman dérangeant, hypnotisant et inquiétant, voire angoissant. Après le sentiment de compassion que le lecteur développera dans un premier temps, il ne pourra, au fil de la lecture, s’empêcher de se demander si Milly est aussi transparente qu’elle le laisse paraître et qui se cache derrière cette jeune fille apparemment au-delà de tout soupçon.

D'apparence extérieure, elle a l'air d'une jeune fille simple et sans histoires. Le seul point qui la différencie des autres élèves de son lycée est sa maturité, tant dans ses réflexions que ses réactions. Elle fait tout pour ne rien laisser paraître. Mais en réalité ses démons intérieurs la taraudent. Tout n'est que souffrance et malheur. Milly se devra donc d'exorciser ses angoisses et ses pensées les plus intimes souvent très noires. En cela, Mike sera son meilleur allié. Mais la jeune fille ne se dévoilant pas complètement, elle ne livre pas toutes ses émotions. Ce qui rendra son comportement parfois terriblement inquiétant. 

Qui est vraiment Annie alias Milly ? ...

J’ai répété l’histoire. Encore. Et encore. La même histoire. Je leur ai tout raconté. Enfin. Presque tout.

Ali Land signe avec "Le sang du monstre" d'Ali Land son premier ouvrage. Parfaitement maîtrisé et documenté, il n'est pas surprenant de lire en page de garde que l'auteure est une ancienne infirmière qui s'est toujours intéressée à la santé mentale des adolescents.  Tout est parfaitement orchestré, tant dans les rapports humains - qu'ils soient familiaux, scolaires ou sociaux - que dans l'art de la suggestion.

Et en cela, ne vous fiez pas au titre qui peut porter à confusion. Aucune scène n'est violente. C'est vous qui imaginerez. Vous vous glisserez tour à tour dans la peau des protagonistes et pourrez ressentir ce qu'ils vivent. A ce propos, le roman, dans sa version originale, a pour titre : "Good me Bad me". Personnellement, à la lecture de ce récit, je ne trouve pas que le choix Français du titre soit le plus approprié. Il peut en effet décevoir certains lecteurs amateurs de violence et de "gore" et en freiner d'autres craignant une surenchère de scènes qu'ils n'affectionnent pas.   

 

Quoi qu'il en soit, "Le sang du monstre" est une belle surprise et un ouvrage que je recommande très vivement. 

Un coup de maître pour un premier roman ! 

"Le sang du monstre" - Ali Land -
"Le sang du monstre" - Ali Land -

Editions Sonatine

Traduit de l’anglais par Pierre Szczeciner

348 pages 

"Le sang du monstre" - Ali Land -
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