"Un long moment de silence" Paul Colize
21.08.1954 : 16 hommes et 5 femmes sont assassinés à leur descente d’avion au Caire. Un attentat jamais revendiqué, des tueurs jamais interceptés, une affaire jamais élucidée. La Tuerie du Caire restera un mystère.
Stanislas Kervyn, auteur de « La victime oubliée », relatant la tragédie de cette tuerie, est le fils de l’une des victimes. Il n'avait qu'un an à l'époque, il en a 58 aujourd'hui. Il a vécu avec l'absence. Toute sa vie, il a eu besoin de comprendre, de savoir qui pouvaient bien être ces hommes qui lui ont enlevé à tout jamais ce père qu’il n’a jamais connu. Ce roman est un exutoire.
Grâce au passage dans une émission de télévision pour la présentation de son roman, il va pouvoir reprendre l’enquête.
1948 : Nathan Katz arrive aux Etats-Unis et découvre les joies de la vie New-Yorkaise. Agé de 18 ans, il a toute la vie devant lui. Celle-ci prendra toutefois une tournure bien particulière.
Au-delà de ce qui peut être pardonné par l’homme s’étendent les plaines du mal radical, mal qui dépasse aussi tout châtiment humain. Et pourtant, face à des actes tels que le génocide, l’homme ne peut pas, tout simplement, succomber à la résignation ou à la volonté de revanche. Que faire alors ? Peut-on envisager de punir ou de pardonner la volonté qui incarne le mal radical ? Peut-on véritablement rendre justice ?
Cachez la vérité à un enfant quant à ses origines, il cherchera toujours à savoir. Et ce, par tous les moyens. Tout ce mystère autour de ce père qu’il n’a jamais connu intrigue au plus haut point Stanislas. Il finira, des années plus tard, par reconstituer les morceaux du puzzle, par découvrir la vérité. Mais ce ne sera pas simple et la tâche sera d’autant plus difficile que plus personne n’est là pour lui apprendre ce qu’il a cherché à savoir pendant tant d’années : les raisons du silence, le pourquoi des mensonges.
Stanislas Kervyn ne fait pas dans le sentimental. Grand séducteur, il entretient un rapport particulier avec les femmes qu’il réduit à l’état d’objet. Froid, direct et distant, il est complètement antipathique. Toutefois, sans pour autant excuser ce comportement, le lecteur pourra en comprendre les raisons au fil de la lecture.
"Un long moment de silence" s'organise autour de deux récits : celui d’un homme à la recherche de ses origines et celui d’un rescapé des camps qui intégrera un groupe de chasseurs de nazis après la Seconde Guerre Mondiale.
Le lien se fera. Plus tard.
Une construction volontairement décousue, un style haché ; l’auteur signe, dans le cas présent, un très bon thriller historique au dénouement assez particulier et qui ne laissera pas, au delà de l'émotion suscitée par la lecture de cet ouvrage, indifférent.
Paul Colize est un auteur que j’avais découvert avec la lecture du Baiser de l’ombre.
Le suivant : Back up était un formidable roman noir qui avait été un de mes coups de cœur de l’année 2012.
« Un long moment de silence » touchera le lecteur au plus profond de lui-même et nous rappellera que les premières années d’une vie sont essentielles et qu’un garçon a, la plupart du temps, besoin de l’image du père pour grandir et se construire. Il nous rappellera également que l’on n’oublie jamais et que l’on ne peut pardonner l’horreur ; le désir et le besoin de vengeance étant toujours présents.
Ce roman s’est vu décerné le Prix Landerneau.
Editions La Manufacture de Livres
470 pages
20,90 €
Prochaine chronique : « W3 le sourire des pendus » de Jérôme Camut et Nathalie Hug
/image%2F0557871%2F201308%2Fob_2ffaaea2cf583b332646c3ddb74ccdff_3119608907-1-7-wf0hqsb9.jpg)
/image%2F0557871%2F201308%2Fob_ba11c07f4303470958abba58343166cb_3399-d2ft5318.jpg)
/image%2F0557871%2F201308%2Fob_c3524d_photo-hommage-auschwitz-0.jpg)
